La série « La résistance religieuse juive durant la Shoah » écrite par Sonia Sarah Lipsyc pour Tenoua est produite en partenariat avec le Musée de l’Holocauste de Montréal.
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Le 9 Av : jeûne, textes bibliques et élégies
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Le jeûne du 9 Av (Tisha beAv)
1Selon la tradition juive, le premier et le deuxième Temple de Jérusalem ont été détruits le 9 du mois de Av, respectivement en l’an moins 586 par Nabuchodonosor et les Babyloniens, et en l’an 70 par Titus et les Romains. Outre le fait que la centralité du Temple dans les rites juifs fut alors suspendue, ces destructions s’accompagnèrent de massacres sanglants. Elles préludèrent aux dispersions des Juifs de leur terre ancestrale et signèrent dans l’Antiquité la fin d’une souveraineté juive sur la terre de Judée. Un jeûne fut institué dont les maîtres du Talmud fixèrent les règles : «Toutes les restrictions qui s'appliquent à un endeuillé s'appliquent également le 9 Av : il est interdit de manger, de boire, de se laver, de s'oindre (mettre des huiles/parfums), de porter des chaussures (en cuir) et d'avoir des relations conjugales. ». Ce jeûne de vingt‐cinq heures qui commence la veille, comme celui de Kippour, est un jour de deuil, de tristesse et de pleurs.« Le jour le plus triste de l’histoire et de l’année juives », n’hésite pas à écrire feu le Grand Rabbin Ernest Gugenheim dans son livre, devenu un classique, sur le judaïsme2.

Le livre des Lamentations, les élégies et le Livre de Job
Assis par terre, sur des coussins ou des tabourets bas, on prie et on psalmodie, dès le soir ainsi que le lendemain dans certaines communautés, le livre des Lamentations (Eikha), attribué au prophète Jérémie, déplorant la solitude de Jérusalem et l’exil3.
On récite également, le soir et le lendemain, des complaintes ou élégies (kinot4) marquant, tant dans le rite ashkénaze que séfarade, des épreuves et tragédies traversées par le peuple juif et écrites principalement au Moyen‐Âge. Elles portent sur la destruction des Temples, sur les communautés juives comme Spire, Worms et Mayence de la vallée du Rhin décimées par les Croisés (XIè siècle), sur le brûlement du Talmud et de rouleaux de la Torah transportés dans pas moins de vingt‐quatre charrettes à Paris (XIIIè siècle), sur l’expulsion des Juifs d’Espagne, sur les massacres menés en 1648 par l’Ukrainien Chmielnicki sur sa terre natale et en Pologne et qui firent au bas mot des dizaines de milliers de victimes5.
Le livre de Job
Dans les communautés séfarades, orientales et yéménites, on intègre la récitation du Livre de Job dans le rite synagogal, le matin, après la récitation des élégies ; alors que dans certaines communautés ashkénazes on lit juste ce livre biblique à titre individuel au cours de la journée. Mais dans un cas comme dans l’autre, il est permis voire conseillé d‘étudier ce livre. Or l’étude de la Torah étant considérée comme une joie6 et le 9 Av étant un jour d’affliction, la loi juive, s’appuyant sur le Talmud, a restreint de façon drastique son étude. Toutefois, elle a autorisé « le Livre de Job, les passages sombres de Jérémie et le livre des Lamentations »7.
Le livre de Job, narre les malheurs d’un homme pieux, initialement heureux, qui perd tout… ses enfants, sa fortune, son statut social et sa santé. Du jour au lendemain, brutalement. Au cours de ces 45 chapitres s’engage un dialogue entre Job, sa femme, ses amis, Elihou, un jeune témoin des discussions avec ces derniers, et Dieu. Même si le livre se termine mieux qu’il n’a commencé car Job guérit, acquiert à nouveau des biens et a des enfants, il pose de façon cruciale la question de la justice divine et comme l’exprime l’auteure Isabelle Cohen : « il pulvérise ce qu’on appelle la doctrine de la rétribution. C’est-à-dire l’idée selon laquelle, tout bienfait est récompensé et tout acte destructeur est puni 8». On comprend que les souffrances de Job et ses interpellations à l’égard de Dieu, aient pris place le 9 Av et surtout soient entrées en résonance avec celles et ceux qui vivaient la Shoah.

Comment marquer l’horreur dans l’horreur ?
Au début de la guerre, Chaïm A. Kaplan, l’un des chroniqueurs du ghetto de Varsovie, témoigne que, malgré le risque, les Juifs se regroupent et se recueillent à cette date du 9 Av qui, en 1940, tombait le 12 août :« En ce temps dangereux, les prières publiques sont interdites. Toute personne convaincue d’un tel crime est condamnée à une peine sévère. Dans un sens, cela est considéré comme une sorte de sabotage et celui qui est accusé de sabotage risque sa vie. Mais cela ne nous effraie pas. Les Juifs se rendent à la prière par petits groupes, dans des pièces qui donnent sur les cours, tous rideaux tirés »9.
Mais deux ans plus tard, en 1942, à cette même date hébraïque, l’atmosphère dans le ghetto de Varsovie est des plus pesantes à cause des effets dévastateurs de la famine, de la maladie et des exécutions sommaires. Et surtout car, en ce 22 juillet, quelques heures avant que le 9 Av ne débute à la tombée de la nuit, sous ordre des nazis, des affiches avaient été placardées dans Varsovie annonçant la « réinstallation à l’Est » de la population à l’exception de quelques catégories10. C’est le début des déportations du ghetto de Varsovie, de la « Grossaktion Warschau/La Grosse Action de Varsovie » comme la nommait par euphémisme et cynisme les nazis, qui dura jusqu’au 21 septembre 1942.
Et pourtant, Hillel Seidman, dans son Journal, relate que le soir de ce 9 Av, il y a « une assemblée de prières dans presque chaque maison ». Autour de lui, dans la sienne, il décrit les hommes, une vingtaine de personnes :« Ils sont assis le dos courbé, silencieux, la tête baissées, les yeux rivés vers un horizon lointain et inconnu. ». Ces derniers entament la prière et la lecture de la Bible. « Quelqu’un commence à lire avec la cantillation ancestrale, avec la mélodie de nos aïeux, peut-être celle-là même utilisée par ceux qui ont été expulsés de Jérusalem, avec la mélodie qui a absorbé les soupirs de toutes les générations. Le livre des Lamentations… Chaque génération a son livredes Lamentations. Mais le notre sonne tout autrement aujourd’hui. Peut-être comme jamais auparavant dans l’histoire juive. Peut-être même est-ce notre dernier livre des Lamentations11 ».
Le lendemain, le jour même du 9 Av, car les nazis par sadisme, choisissaient souvent les dates juives pour commettre leurs crimes de masse, et alors que de l’Umschlagplatz [place du ghetto] à Varsovie, les Juifs partent vers le camp de mise à mort de Treblinka entassés dans des trains de marchandises ; Hillel Seidman relate le suicide, dans les locaux du Conseil Juif de Varsovie, de son président Adam Czerniakow. Ce dernier avait déjà refusé la veille de signer l’ordre de transfert des populations. Il préféra ce jour‐là se donner la mort plutôt que de répondre à l’ordre des nazis qui le sommait de livrer la liste du jour des Juifs à déporter en respectant un quota incluant les enfants.
Quant à Kaplan, ce 9 du mois d’Av, durant lesquels des milliers de Juifs ont été pris et déportés, il écrit ces mots : « Au cours de ces deux journées, le grand vide du ghetto a été rempli de cris et de lamentations. Si ces cris ne se fraient pas un chemin jusqu’au Dieu d’Israël, c’est un signe qu’Il n’existe pas »12.
En septembre 1942, comme le relève l’historien Georges Bensoussan : « […] ce que chacun pensait inconcevable a eu lieu : la déportation de près de 300.000 personnes à Treblinka où elles ont été immédiatement gazées; 70.000 Juifs vivent encore dans le ghetto dont la moitié clandestinement. 13».

Interrogations métaphysiques durant la Shoah
Tout un chacun était confronté à ces questions de l’absence de Dieu, de son laisser faire face à l’ignominie, voire de la remise en cause de son existence. Elles résonnaient particulièrement pour celles et ceux et ils étaient probablement encore majoritaire, qui, avant guerre, au sein du peuple juif, croyaient encore, à un degré ou un autre, en ce Dieu d’Israël ou avaient encore un lien si ténu soit‐il avec la tradition juive14.
Des mois plus tard, en songeant encore à la terrible « nuit du chaudron », du 3 au 11 septembre 1942, durant laquelle 100.000 personnes furent arrêtées, Hillel Seidman rapporte les spéculations métaphysiques et cruellement concrètes qui tourmentent les habitants du ghetto de Varsovie. « Chacun avait entamé un débat avec l’Éternel, entendait percer le secret de l’existence, voulait décrypter le sens des événements. On se trouvait face à une énigme. L’antique problème : ‘’ Pourquoi le sage souffre‐t‐il alors que le méchant connaît le bonheur ?15’’ , prenait chez nous une dimension cosmique (…) Et c’est ainsi que retentissaient les malédictions de Job au cours de la sombre nuit du massacre et il me semblait que c’était ce jour là qu’elles avaient été proférées pour la première fois que leur actualité était encore plus criantes aujourd’hui qu’à l’époque. Car, que peuvent bien représenter les souffrances d’un Job à côté des souffrances de chaque Juif du ghetto de Varsovie ?16 ».

Les rabbins aussi suppliaient l’Éternel d’arrêter ces massacres, des rabbins comme la sommité spirituelle, le rabbin hassidique Kalonymus Shapiro (1189−1943)17, dans ce même ghetto de Varsovie. Il enseigna tout le long de la Shoah, notamment le shabbat, jusqu’à sa déportation au camp de travail de Trawniki près de Lublin où il fut fusillé. Le samedi soir, il mettait par écrit en hébreu ses sermons qu’il avait donnés en yiddish, qu’il complétait et annotait18. Peu avant sa déportation, il confia son manuscrit aux Archives créées par Emmanuel Ringelblum. Il avait été mis en contact avec cette organisation clandestine par l’un de ses cousins le rabbin Simon Huberband, membre de ce groupe Oyneg Shabbat. Ce recueil et d’autres de ses manuscrits écrits principalement avant guerre, furent retrouvés après la Shoah en 1950 dans l’un des bidons de lait des Archives d’Oyneg Shabbat. Ils furent publiés sous le titre « Esh kodesh »mais le titre que le rabbin Shapiro leur avait donné étaient notamment « Sermons des années de colère 1939–1942 »19.
Dans ce recueil, le rabbin Shapiro rappelle, lui aussi, que selon sa « connaissance de la littérature talmudique et de l’histoire juive en général, il n’a jamais existé de semblables souffrances »20. Et même s’il a l’intime conviction que Dieu partage ce fardeau avec le peuple juif …. Il cite à cet égard Isaïe 63.9, « Dieu dans toutes leurs souffrances, a souffert avec eux » et le Talmud21… Il interpelle le Tout Puissant par ces mots du Psaume 22 ; 2 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Loin de mon salut sont mes paroles suppliantes ». Et il poursuit : « Bien que nous soyons certains que Tu nous sauveras et que Tu ne nous as pas complètement abandonnés, à Dieu ne plaise, Tu nous a pourtant abandonnés en ceci que notre salut est encore loin alors même que les souffrances continuent depuis longtemps.22 ». Et il conclue : « […]comment se peut-il donc que tu supportes l’offense faite à la Torah et les souffrances d’Israël qu’on tourmente et torture uniquement parce qu’il accomplit cette Torah ?23 ». Et c’est là l’un des leitmotiv de son enseignement, chaque femme et chaque homme qui appartient au peuple juif, subit cette haine et cet antisémitisme, « dans son corps et son âme 24»uniquement parce que Juif, il est ontologiquement lié à la Torah25. Fort de cette conviction, il enjoint ses ouailles, même brisées, à continuer et à retrouver le courage de “s’occuper de la Torah” et de « prier 26».
Au fil du temps, le rabbin Shapiro remettra en cause l’explication traditionnelle des malheurs qui s’abattent sur Israël et qui seraient dus au fait que les Juifs aient fauté, se soient éloignés de Lui et aient transgressé la Torah. « Israël ne doit pas se demander quelle faute il a commis car ses souffrances sont des souffrances pour la sainteté du Nom ». Hommes et femmes, grands et petits « sont tuées et massacrés pour l’unique raison qu’ils sont Israël 27».
On perçoit la révolution que laisse entendre cette position d’un des plus grands leaders spirituels du temps de la Shoah. En matière d’interprétations théologiques, elles devront être cherchées ailleurs que dans cette équation traditionnelle qui relie le mal qui s’abat sur le peuple juif avec ses supposés manquements à l’égard de Dieu ou de la Torah.

Le procès de Dieu
D’autres rabbins firent même à cette époque un procès à Dieu comme le relate Elie Wiesel, rescapé de plusieurs camps d’extermination : « […] dans le royaume de la nuit j’ai été témoin d’un étrange procès. Trois rabbins – tous des hommes érudits et pieux – ont décidé un soir d’hiver d’inculper Dieu pour avoir permis le massacre de ses enfants. Je me souviens : j’étais là, et j’avais envie de pleurer seulement là-bas personne ne pleurait ». Il confie encore, comme le rapporte le théologien presbytérien Robert McAfee Brown dans son introduction à l’écrit de Wiesel : « Le procès a duré plusieurs nuits. Des témoins ont été entendus, des éléments de preuve ont été recueillis, des conclusions ont été tirées, qui ont produit comme résultat un verdict unanime : le Seigneur Dieu Tout-Puissant, Créateur du Ciel et de la Terre, a été reconnu coupable de crimes contre la création et l’humanité. Et puis, après ce que Wiesel décrit comme ‘’une infinité de silence’’,le savant talmudique regarda le ciel et dit : ‘’Il est temps pour les prières du soir’’, et les membres du tribunal récitent Maariv, le service du soir ».28
Et dans la fin de cette histoire se niche l’un des aspects confondant de l’âme juive. Une fidélité à la Tradition, envers et contre tout, y compris contre Lui, le Maître du monde.29

Être affamés et tout de même jeûner le 9 du mois de Av
Il était difficile de jeûner dans les conditions extrêmes de famine dans le ghetto et dans les camps. Et pourtant certains et certaines le firent comme en témoigne une survivante Dawn Auslender Adams, Juive d’origine hongroise, dans un entretien pour la USC Shoah Foundation fondée par le cinéaste Steven Spielberg.
Elle raconte qu’à Auschwitz, en 1944, alors qu’elles étaient debout depuis des heures, les Nazis ont apporté à manger :« de la nourriture, de la vraie bonne nourriture, du chou […]et pas une seule d'entre nous n'a mangé. Nous avons dit : "C'est Tisha beAv, c'est un jour de jeûne", et nous avons refusé de manger. Cela faisait déjà 24 heures que nous n’avions pas mangé30. Les Allemands, eux, ne pouvaient tout simplement pas comprendre ce qui se passait. Que nous refusions de la nourriture... mais pas une seule (de notre groupe n'a mangé). Peu de temps après, on nous a alignées et on nous a donné, à chacune d'entre nous, du pain. Une bonne portion, une moitié de pain – je ne me souviens plus de la taille exacte. Et aussi de la wurst, comme ils l'appellent, c'est comme du salami, quelque chose comme ça. Ce qui était du jamais vu, du jamais vu depuis que nous avions quitté notre ville natale. Et pourtant, nous n'avons pas mangé ».
S’imagine-t-on l’héroïsme de ces Juif et Juives qui résistaient ainsi à la tentative d’anéantissement de l’identité juive par les nazis ?
Il y a un autre exemple dans ce sens comme celui rapporté par le rabbin Oshry (1914−2003) dans le ghetto Kovno (Lituanie). Des Juifs s’étaient rassemblés, le soir de Tisha beAv 5702 (22 juillet 1942) dans une maison privée pour se lamenter sur la destruction du Temple et pleurer aussi : « les Juifs justes et pieux de Lituanie, ses génies de la Torah et ses simples et purs juifs qui avaient tous été massacrés. Que D. se souvienne d’eux tous, ensemble avec le reste des Juifs du monde et venge le sang de Ses serviteurs », écrit‐il31. Mais ils furent brutalement surpris par les Allemands qui se moquèrent d’eux : « Sur quoi pleurez-vous ? Qu’est-ce que vous espérez ? Il n’y a pas d’espoir pour vous ! Vous n’allez jamais être sauvés de nos mains ! ». Et ils les réquisitionnèrent sur le champ pour un travail de nuit qui se prolongea presque quarante‐huit heures. En vertu, d’un principe primordial de la loi juive, pikouah nefesh (sauvegarde d’une vie32), qui autorise la transgression d’un commandement si c’est une question de vie ou de mort ; le rabbin Oshry qui était parmi eux, s’assura qu’ils mangent « les morceaux de pain avec la soupe noire » en ce jour de jeûne. Mais le plus surprenant est la question que posèrent ces Juifs pratiquants à leur rabbin… « On me demanda alors si on était obligé d’intercaler le Nahem (prière de consolation) dans les bénédictions du Birkat haMazon récitées après le repas ». En effet, la loi juive prévoit que cette prière de consolation et d’espérance de reconstruction de Jérusalem, de quelques lignes33, soit lue par les personnes que la loi dispense du jeûne comme les malades, les femmes qui viennent d’accoucher ou les enfants34. Là dans l’enfer, les Juifs scrupuleux de respecter la loi juive posent une question qui peut nous apparaître incongrue. Ils voulaient savoir, étant donné, semble‐t‐il, qu’ils n’appartenaient pas, a priori, à la catégorie des dispensés prévus par la loi juive s’ils devaient, rompant le jeûne, avoir l’obligation (voir le mérite ?) de réciter cette prière… Et le rabbin Oshry qui rassembla après la Shoah l’ensemble de ses Responsa témoignant de l’incroyable fidélité des Juifs à leurs traditions. Et partant de l’érudition et de l’humanité des rabbins qui statuaient, leur répondit : « Puisque la plupart des codificateurs s’accordent pour dire que le Nahem doit être mentionné à chaque fois qu’un repas est pris à Tisha beAv, je décidai que les travailleurs esclaves devaient dire le Nahem quand ils réciteraient les bénédictions à la fin du repas ». 35

De la consolation ?
On n’oublie pas que dès l’après-midi du 9 Av, on énonce la consolation en intercalant précisément ce passage du Nahem dans la prière des 18 bénédictions. La loi juive autorise aussi les Juifs, à ce moment‐là de la journée, à porter de nouveau, comme signes de parures et de prestance spirituelle, les phylactères avec le châle de prière. Ce dont ils ne pouvaient se revêtir depuis le début du jeûne. De plus, la tradition juive avance que le messie naîtra le 9 du mois d’Av et que ce jour se transformera en allégresse. 36
Je ne sais comment celles et ceux qui vivaient la Shoah, héritiers de cette tradition, pouvaient vivre cet horizon. Mais au cœur même du désespoir, le rituel et le calendrier hébraïque présentaient cette perspective.
Un indice de plus, avec l’injonction de la Torah, « et tu choisiras la vie »37 pour mieux saisir la résilience juive.
Sonia Sarah Lipsyc étudie à titre personnel depuis des années cette thématique et nous livre ici les bonnes feuilles de sa recherche. L’autrice adresse ses remerciements à Abigail Hirsch.
- Traité Taanit page 30a du Talmud de Babylone (T.B)
↩︎ - Le Judaïsme dans la vie quotidienne, Albin Michel, Poche, Paris, p. 170.
↩︎ - Dans certaines communautés séfarades et hassidiques, on lit également à minuit une partie du tikoun hatzot (réparation de minuit), un texte d’inspiration kabbaliste (16ème siècle).
↩︎ - Au singulier, Kina.
↩︎ - Elles ont été écrites respectivement par Eleazar Hakalir (7ème siècle), le Rabbi Kalonymus ben Yehudah (11ème siècle), Rabbi Meïr de Rothenburg (13ème siècle), Rabbi Moshe Anhori (15ème siècle) et Rabbi Shabtaï ben Meïr ha‐Kohen (17ème siècle)
Des Chants de Sion et la douleur face à sa désolation de Judah Halévi (12ème siècle) ont également intégrés au kinot bien qu’elles n’aient pas été composées initialement dans cette intention.
Enfin des kinot seront rédigées après la Shoah, nous y reviendrons dans un article ultérieur.
↩︎ - Voir Psaume 19;9 : « Les lois de l’Éternel sont justes et réjouissent le cœur ».
↩︎ - Traité Ta’anit 30a du T.B. Cette liste n’est pas exhaustive, il est permis, par exemple, d’étudier d’autres passages du Talmud traitant de la destruction du Temple ou des règles de l’endeuillés.
↩︎ - Voir la présentation d’Isabelle Cohen sur son livre, Un monde à réparer. Le livre de Job, Ed. Albin Michel, Paris, 2017 sur Youtube de la 7 ‘02’’ à 7 ‘11’’. https://www.youtube.com/watch?v=8AfA3yy4CN8&t=2s
↩︎ - Chronique d’une agonie, Calmann Lévy, Paris, 2009, p. 229.
↩︎ - Voir Annonce de l'évacuation des Juifs du ghetto de Varsovie, 22 juillet 1942 sur le site de Yad Vashem https://www.yadvashem.org/docs/announcement-of-jews-evacuation-from-warsaw-ghetto.html et Anniversary of the Beginning of the Warsaw Ghetto. Grossaktion. (22nd July 1942) sur le site de Polin, Musée d’Histoire des Juifs polonais à Varsovie ; https://sprawiedliwi.org.pl/en/news/anniversary-beginning-warsaw-ghetto-grossaktion-22nd-july-1942
↩︎ - Du fond de l’abîme. Journal du ghetto de Varsovie, Terre Humaine, Plon, Paris, 1998, p. 23.
↩︎ - Chronique d’une agonie, op cité p. 454.
↩︎ - Histoire de la Shoah, PUF, Paris, 1997, p. 66.
↩︎ - Sur cette problématique voir le chapitre « Modernisation » dans A Picture of Jewish Life before WWII » dans Echoes et Reflections. Teaching Holocaust publié par American Jewish Year Book, 2020 p 1 sur chrome-extension://efaidnbmnnnibpcajpcglclefindmkaj/https://echoesandreflections.org/wp-content/uploads/2020/11/01–02-08_StudentHandout_PictureJewishLife_BeforeWWII.pdf
↩︎ - Traité Berachot 7a du T.B ;
↩︎ - Du fond de l’abîme. Journal du ghetto de Varsovie op cité p. 239 à la date du 17.01.23.
↩︎ - Il fut grand rabbin de Piaseczno en Pologne avant de fonder en 1909, « Da’as Moshé » la plus grande yeshiva (école talmudique) hassidique de Varsovie. Nous avons déjà eu l’occasion de l’évoquer sous l’orthographe Shapira, dans l’article de cette même série : « Pourim et la résistance religieuse juive durant la Shoah » sur https://tenoua.org/2026/03/02/pourim-et-la-resistance-religieuse-juive-durant-la-shoah
↩︎ - Voir Shaul Magid, A New History of Holy Fire, sur Tablet Magazine, 04.02.2019, sur https://www.tabletmag.com/sections/belief/articles/a-new-history-of-holy-fire
↩︎ - Ibidem. L’auteur précise qu’il arrivait également au rabbin Shapira de nommer de trois autres manières ce texte.
↩︎ - Catherine Chalier, Kalonymus Shapiro, rabbin au ghetto de Varsovie, ed. Arfuyen, 2011, p. 140 à la date de Hanoucca, le 27.11.1942. L’auteure après une remarquable introduction a notamment, traduit, des extraits du Ech Qodech, pour reprendre sa translittération.
↩︎ - Le rabbin Shapira cite le traité Sanhédrin 46a du T.B. , Kalonymus Shapiro, rabbin au ghetto de Varsovie op cité p 141 (début 1943 à l’occasion de la parashat Mishpatim c’est-à-dire de la lection « Les Statuts » dans le livre de L’Exode.
↩︎ - Kalonymus Shapiro, rabbin au ghetto de Varsovie, op cité pp. 142–143, également dans parashat Mishpatim
↩︎ - Kalonymus Shapiro, rabbin au ghetto de Varsovie, op cité pp 143 et 144 à l’occasion du shabbat Zakhor (souviens‐toi) avant la fête de Pourim, en 1943.
↩︎ - C’est l’expression « hourban du corps et de l’âme » qui est employée par le rabbin Shapiro comme le relève encore Catherine Chalier, en citant un extrait non traduit en français dans « Ech Qodech. Rabbi Kalonymus Kalmich Shapiro (1889−1943) rabbin du Ghetto de Varsovie » dans L’Énigme juive, Revue Pardès n°45, Ed. InPress, Paris, 2009 p. 230. Hourban, est le terme qui désigne la destruction du Temple.
↩︎ - Et ce quel que soit son degré de croyance et de pratique. Nous avons traité de cette raison fondamentale, en l’occurrence dans l’idéologie nazie dans notre précédent article
« Shavouot et la résistance religieuse juive durant la Shoah » sur https://tenoua.org/2026/05/15/shavuot-et-la-resistance-religieuse-juive-durant-la-shoah-1/
↩︎ - Kalonymus Shapiro, rabbin au ghetto de Varsovie, op cité p. 148, peu avant Pessah, en 1943.
↩︎ - Kalonymus Shapiro, rabbin au ghetto de Varsovie, op cité p. 89 par Catherine Chalier qui renvoie à Ech Qodech 31 sans que le passage intégral soit traduit.
↩︎ - En introduction à la pièce d’Elie Wiesel, The Trial of God: (As It Was Held on February 25, 1649, in Shamgorod). New York, Knopf Doubleday, 2013, p. xxv et vii.
Ces références sont dans le texte de Sharon Gubbay Helfer, « La Choah a‑t‐elle changé notre façon de ‘’penser’’ Dieu ? dans Jewish-Cristian relations, 31.05.2017 dans chrome-extension://efaidnbmnnnibpcajpcglclefindmkaj/https://www.jcrelations.net/fr/article/la-choah-a-t-elle-change-notre-facon-de-penser-dieu.pdf ‑dieu.pdf)
Il existe une traduction française de cet écrit dans laquelle Elie Wiesel mentionne ce procès de Dieu durant la Shoah ) l’origine de la pièce de théâtre qu’il écrira en le transposant cependant à une autre époque.
↩︎ - Par association, je ne peux manquer de penser à ce passage du traité Erouvin 13b du T.B. :
« Nos Sages ont enseigné : Pendant deux ans et demi, l’École de Shammaï et l’École de Hillel se sont disputées. Les uns disaient : « Il aurait été préférable pour l’homme de ne pas être créé plutôt que d’être créé ». Et les autres disaient : « Il est préférable pour l’homme d’avoir été créé plutôt que de ne pas avoir été créé ». Finalement, ils votèrent et conclurent : « Il aurait été préférable pour l’homme de ne pas être créé plutôt que d’être créé ; mais maintenant qu’il a été créé, qu’il examine ses actions (sa conduite)’’ ».
↩︎ - Voir la courte vidéo de 1’ 48’’ pourtant si significative….
↩︎ - Lire D. pour Dieu.
↩︎ - Voir Lévitique 18 ; 5 et le traité Yoma 85b du T.B.
↩︎ - « Console, Éternel notre Dieu, les endeuillés de Sion et de Jérusalem, la ville en deuil, ruinée, méprisée et désolée de ses enfants. Elle siège voilée, comme une femme stérile, après avoir été dévorée par des légions et des idoles. Sion pleure amèrement et Jérusalem s’écrie, pleurant ses victimes et ses morts. Toi, Éternel, qui l’as consumée par le feu, Tu la rebâtiras, comme une muraille de feu protectrice. Béni sois‐Tu, Éternel, qui consoles Sion et reconstruis Jérusalem » ↩︎
- Voir le traité Taanit 30a du T.B et « Ora’h “Haïm paragraphe 554 » dans le code de référence de la loi juive, le Shoulkhan Arouch.
↩︎ - Toutes les citations sont prises de Rabbi Ephraim Oshry, La Torah au cœur des ténèbres, Albin Michel, Paris, 2011 pp. 140–142
↩︎ - Voir Zacharie 8;19 et le Midrash Eïkha Rabba, chapitre 1, paragraphe 57. L” un des noms que portera le messie sera précisément Menahem (le consolateur)…
↩︎ - Deutéronome 30 ; 19 et au le verset 15.
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