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Femmes du Mur : nos voix à l’aube, espoir dans la nuit d’Israël

Le 15 juillet, le jour de Rosh Hodesh Av, les Femmes du Mur (Nashot haKotel, Woman of the Wall) se sont réunies au Kotel pour célébrer le nouveau mois. Miléna Kartowski‐​Aïach, étudiante rabbin, décrit ces voix dans la nuit, cet espoir dans l’actualité.

Publié le 17 juillet 2026

4 min de lecture

© Miléna Kartowski‐Aïach

La nuit fut blanche et le réveil bien trop matinal.

Nous sommes le jour de Rosh Hodesh Av, nous sommes dans les trois semaines de deuil qui nous conduiront à Tisha beAv et nous sommes deux jours avant la pré‐​dissolution de la Knesset. 

Je marche dans une robe mordorée vers le minibus qui nous emmène vers la vieille ville, jusqu’aux abords du Kotel.

Je ne sais pas encore ce qui m’attend. Mais je sais que j’ai dit oui, que je me suis engagée et que cet engagement est important.

Nous sommes des femmes et quelques hommes, de toutes les générations et de nombreux horizons. 

J’ai peur. Je les suis, le cœur ouvert.

Nous arrivons devant le service de sécurité qui filtre l’entrée au Kotel. Des dizaines d’adolescentes harediot nous précèdent. Nous attendons, pressées les unes contre les autres, patiemment, doucement, dans la queue, qui nous permettra d’entrer. Des Hassidim Shomer Negiah ne se font pas prier pour nous pousser et tenter d’obstruer notre passage.

Chacune d’entre nous est largement fouillée, palpée, son sac ausculté. Au compte‐​goutte, nous finissons par passer la barrière.

Je rejoins le groupe des Femmes du Mur, Nashot haKotel, Women of the Wall. Mais avant cela, je traverse encore une nouvelle barrière de sécurité. 

Les Femmes du Mur sont déjà en cercle, droites et ancrées, concentrées et unies. Tout autour, une flopée d’adolescentes hurlent, s’époumonnent, nous insultent à tout va. 

Afin d’empêcher la prière des Femmes du Mur. Afin d’empêcher notre prière du nouveau mois de se tenir.

Je me faufile à l’intérieur du cercle, je me sens, je me sais protégée, veillée par les femmes qui prient tout autour de moi Shaharit. Tammy Gottlieb ne laisse pas une seule seconde de la prière lui échapper. Elle prie, elle chante, elle se donne toute entière. Sa voix s’élève, forte et vaillante. Elle ne craque pas un instant.

Autour, le cercle des “priantes”, de plus en plus soudé, de plus en plus enraciné, confiant et ému de tenir le cap. Malgré la violence des cris qui pleuvent.

Des bouchons oranges nous sont distribués et nous continuons la prière, dans la section des femmes, Ezrat Nashim, à une trentaine de mètres du mur. Et soudain, s’ajoute aux cris des jeunettes idéologisées, fanatisées, la voix amplifiée, d’un homme qui, depuis la section masculine, mène lui aussi Shaharit, dans la même tradition. Décibels décuplés, forces déployées pour nous faire taire et capituler.

Tammy me tend le micro grâce auquel les hommes venus nous soutenir pourront participer à notre prière depuis l’esplanade, Je ceins mes épaules d’un châle en soie fushia et je saute épaulée par toutes ces voix de femmes douces et courageuses dans le Hallel.

De psaume en psaume, de mélodie en mélodie, j’ouvre mon cœur et ma voix. Et les femmes me suivent en chœur, en harmonie, en canon, en décalé. Peu importe, nous chantons, nous prions le Hallel. 

Je dois chanter fort et regarder les Femmes du Mur afin de ne pas vaciller. Car la violence tout autour est d’une immense puissance. Ma voix se brise, je vacille, on me pose une main sur l’épaule et je reprends. Je vois des jeunes filles, présentes pour la première fois, qui pleurent d’émotion. Nos voix ensemble. Puissance de la douceur, puissance féminine unie.

Le 14 Juillet 2026, une loi de la honte passait à la Knesset. Une loi interdisant temporairement toute arrestation, enquête ou procédure de mise en application contre les hommes ultra‐​orthodoxes. N’ayant pas répondu à leur ordre d’incorporation dans l’armée, une loi gelant les procédures pénales en cours contre les réfractaires et accordant l’immunité d’arrestation jusqu’au 30 novembre aux milliers d’ultra-orthodoxes refuznik. 

Et le 13 Juillet, se couplait une autre loi, une loi déclarant l’étude de la Torah comme « valeur fondamentale » du peuple Juif et de l’État d’Israël. Et ne nous y trompons pas, cette loi vise à créer un rempart légal contre les futures décisions de la Cour Suprême qui pourrait imposer la conscription militaire aux ultra‐orthodoxes. 

Loi après loi, alors que Bnei Brak et d’autres villes ultra‐​religieuses adoptent le principe de ségrégation de genre dans l’espace public, dans les rues de la cité et que l’on parle d’instaurer une ségrégation de genre au sein de l’enseignement supérieur, nous sommes arrivés à ce point de rupture. 

Nous sommes Rosh Hodesh Av et nous sommes encerclées par la violence. Plus loin par des forces de sécurité.

Nous avons réussi à introduire en secret un minuscule Sefer Torah et, depuis ce rouleau sacré, nous lisons le texte biblique.

La gabayt annonce et célèbre les alyot. La kriah traverse le temps, le mur du son, les vitupérations.

Une membre du parti démocrate se joint à nous, et pleure devant le rouleau porté‐​déroulé dans les airs, que plusieurs dizaines de femmes honorent, alors que de tous côtés, on les en empêche.

Notre prière s’achève, et en procession, huées, interpellées, blâmées, nous avançons sans répondre. En tentant de nous protéger, de rester unies, nous nous dirigeons vers la sortie. 

Le service de sécurité du Kotel, la police, l’armée, ils sont là, en nombre. Car nous sommes là.

Déjà, nous sommes dans le bus pour rentrer. Il n’est pas encore 8h30. Pourtant nous sommes épuisées.

Les Femmes du Mur se réjouissent de ne pas avoir été violentées physiquement aujourd’hui, par les adolescentes et leurs cris. 

Des motards nous escortent, les vitres du bus sont fumées, et nous nous remercions mutuellement d’avoir tenu, d’avoir mené la prière de Rosh Hodesh qui contient en elle bien plus qu’on ne peut le penser.

Cette prière‐​promesse des Femmes du Mur est un garant de la voix multiple des femmes en Israël. Elle est la promesse tenue pour les courants non orthodoxes, pour les minorités d’avoir encore une voix tenue, soutenue dans un pays où les fondements démocratiques et pluralistes lâchent les uns après les autres.

La voix des Femmes du Mur soutenue avec courage. Détermination et patience, c’est une résistance profonde, une résistance vibratoire que chacune et chacun devrait pouvoir traverser, toucher et incarner.

Hodesh tov et vive nos voix dans la nuit !