Read this article in English / Lire cet article en anglais

Dans les peintures d’Oksana Fedshychyn, actuellement exposées à la galerie ZUR, la transformation n’est envisagée ni comme une catastrophe ni comme une réinvention. Elle relève de quelque chose de bien plus naturel – de presque biologique. Les corps s’étirent, les espèces s’entremêlent, les formes humaines empruntent aux animaux, tandis que les animaux semblent hériter de quelque chose de manifestement humain. Rien n’est tout à fait figé. Tout semble susceptible de devenir autre chose.
À l’acrylique sur toile, Oksana Fedshychyn construit ces mondes étranges à travers un langage visuel qui, au premier abord, paraît d’une simplicité presque désarmante. Ses figures peuvent avoir l’immédiateté de l’art populaire ou l’innocence d’un dessin d’enfant : formes planes, créatures étranges, corps qui refusent les proportions conventionnelles. Mais à mesure que l’on s’y attarde, cette apparente naïveté se révèle trompeuse. Ces personnages insolites recèlent une remarquable intelligence émotionnelle.
Ce qui me touche peut‐être le plus, c’est que Oksana Fedshychyn ne semble jamais chercher à faire de la transformation un spectacle. Ses créatures ne sont pas prises dans des métamorphoses spectaculaires. Elles sont, tout simplement ; suspendues quelque part entre des identités, comme si le changement avait toujours été leur état naturel.
« Tout le monde a la possibilité de changer, de se transformer et de devenir quelqu’un ou quelque chose d’autre », explique Oksana Fedshychyn.
C’est une belle proposition, mais elle est aussi troublante. Nous aimons croire que les catégories sont stables : l’humain et l’animal, soi et l’autre, le familier et l’étrange. Oksana Fedshychyn les dissout en douceur. Dans ses peintures, la nature semble circuler à travers le corps lui‐même ; la frontière entre l’instinct et la conscience devient magnifiquement poreuse.
On retrouve également ici la logique du conte merveilleux. Oksana Fedshychyn puise dans la mythologie et les traditions populaires, mais ses peintures ne semblent jamais prisonnières du passé. Des traces fugaces de la vie ordinaire coexistent avec des êtres imaginés et des anatomies impossibles. Il s’en dégage une étrange intimité, comme si l’on retrouvait une image tirée d’une histoire autrefois familière, mais dont le souvenir nous échappe désormais.
Et c’est là que son univers fantastique devient le plus fascinant. Il ne s’agit pas d’échapper à la réalité, mais de l’aborder autrement. Les états intérieurs prennent corps. L’instinct devient visible. L’identité devient quelque chose que l’on peut toucher, étirer, reconsidérer.
À une époque où nous sommes si souvent encouragés à nous définir avec précision, Oksana Fedshychyn propose quelque chose de plus doux : le droit de rester inachevé.
Les œuvres présentées à la galerie Zur se découvrent en prenant le temps de l’observation. Elles peuvent évoquer des histoires venues d’un autre monde mais, plus on s’y attarde, plus il devient difficile de ne pas y reconnaître quelque chose de sa propre vie.

Découvrir les œuvres d'Oksana Fedshychyn sur le site de la galerie ZUR











