
15 février 2026
Yom hashana. Avi a allumé la bougie hier soir. Passé la soirée avec les enfants à regarder des photos de leur Saba. Un an déjà. Un bloc de tristesse que nous avons traversé avec la culpabilité de ceux qui sont en diaspora, de ceux qui n’ont pas pu aller plus vite que la maladie. Mourir loin c’est mourir plusieurs fois, la distance démultiplie l’annonce fatale, comme si l’espace faisait écho à la mort.
La pensée qui me réconforte un peu, c’est mon dernier échange avec Uri. Il m’avait demandé des nouvelles de la restauration de la dernière synagogue de Beyrouth – ce qui était aussi, chez lui, une manière pudique de prendre des nouvelles de mon père ; la Maghen Abraham synagogue qui, après sa première restauration en 2009–2010, a été à nouveau endommagée par l’explosion du port de 2020. Depuis que j’ai découvert en 2011 un passage pour photographier le bâtiment, dans ce quartier très surveillé du centre‐ville, juste en dessous du grand Sérail, je me suis prise d’intérêt pour ce bâtiment sublime et fantomatique, partiellement revenu à la vie (partiellement, c’est-à-dire seulement matériellement puisque les fidèles censés s’y rendre ne sont plus dans ce pays). Je me souviens qu’Uri avait été très touché par cette histoire de « résurrection », il avait adoré les photos que je lui avais envoyées à l’époque. Et l’année dernière, mon père avait accepté d’aller prendre quelques clichés furtifs pour mon beau‐père, de la synagogue et de Wadi Abu Jamil, l’ancien quartier juif. « Pour Uri, qui sera toujours le bienvenu ici », avait écrit mon père dans l’email que j’avais transféré à Uri.
Je ne sais pas si mon père s’adressait à un fantôme, à Sélim. Cependant, je crois qu’Uri avait été ému de ce geste, venant de mon père qui, certes, l’appréciait mais ne se privait pas pour maudire son pays. La carte levantine rêvée de mon beau‐père s’est remplie d’images réelles, bien qu’impraticables. Néanmoins, j’aime à penser qu’Uri a emporté avec lui cette géographie idyllique, plutôt que les diatribes de mon père contre Israël.
3 mars 2026
Reprise, la guerre, infinie. Je crois que je ne veux plus parler de Liban, d’Israël, de Palestiniens, d’Iraniens, de Hezbollah, de Nétanyahou, et de tout le reste, avec personne en dehors de cette maison. Tout à l’heure, j’ai appelé mon père pour prendre des nouvelles, de lui et de sa famille au Liban, et sa réponse m’a déprimée, me rappelant ce discours nihiliste lancinant qu’il porte depuis des années maintenant : « Que veux-tu ? Il n’y a rien à faire, à part repartir de zéro. Il faut une table rase, partout au Moyen-Orient ». Que conçoit‐il vraiment derrière cette provocation ? J’entends le désespoir, mais pourquoi redoubler la violence par ce discours ?
Avi me dit que c’est un mécanisme de défense. Quand mon père voit les morts qui s’entassent, les ruines qui s’amassent, il se protège de sa propre émotion en formulant une parole provocatrice, « Qu’ils aillent au bout, qu’on en finisse ». La violence, sur la violence. Je l’ai prévenu le week‐end dernier, je ne veux plus qu’il dise un seul mot aux enfants au sujet du Moyen‐Orient. Ni lui ni ma mère. Joseph m’a rapporté que son papi avait dit que « le méchant » était Israël parce qu’il y avait « beaucoup de morts au Liban » mais que c’était « très bien, il faut en finir » (il m’a demandé ce que cela voulait dire), et Maya a entendu ma mère et son amie Daphna parler « d’animaux » au sujet des Palestiniens. Daphna a cru bon de préciser à Maya que « les Gazaouis sont des terroristes » et que « les terroristes ne sont pas des êtres humains ». Ma mère était honteuse et peu loquace quand je l’ai eue au téléphone quelques heures plus tard. Avi me dira que c’est un mécanisme de défense aussi, ne pas reconnaître en l’autre sa part d’humanité, ne pas voir en soi sa propre part de haine et de violence, mais là, je ne peux pas l’accepter. On parle d’enfants aussi.
On parle d’enfants à des enfants, à mes enfants. Être né quelque part, au hasard de la vie ; Seriously, a soufflé Avi, tout autant dépité que moi.
4 mars 2026
Je repense au qu’on en finisse de mon père. Lui qui craint tant la mort, la sienne, que dit‐il vraiment en prononçant ces mots ? Depuis quelques mois, il évoque En attendant Godot, relit Beckett, mais sans distanciation critique… Ne retient que le sentiment d’absurde pur, isolé de tout contexte, de toute création subjective. Il colle au texte.
Opacité. « Une personne (…) est une ombre où nous ne pouvons jamais pénétrer. » Proust, Le côté de Guermantes.
Avi dit souvent qu’il ne faut pas demander à un patient « pourquoi ? » mais « comment ? » il est déprimé.
Entre le théâtre de l’absurde vidé de sa substance philosophique et les réseaux sociaux devenus des fabriques algorithmiques de Sages de Sion, j’ai l’impression que mon père tombe dans tous les écueils existentiels.
5 mars 2026
Chagrin. Rita est morte. C’est douloureux à réaliser. Ma tante préférée, mon plus grand lien affectif avec ma famille paternelle. J’ai passé beaucoup de temps de l’enfance chez elle, réfugiée avec son mari, mon oncle, et leurs enfants en France pendant la Guerre civile. Puis ils sont repartis, et je ne la voyais que brièvement lors de voyages au Liban. Mais l’attachement réciproque a perduré.
Rita… tu avais 76 ans. Personne de la famille n’aurait pensé que tu partirais avant d’autres, plus âgés et surtout en bien mauvaise condition. Tu étais encore si belle, si pétillante, très en forme malgré toutes les difficultés du quotidien auxquelles les Libanais font face. Pourquoi ?
7 mars 2026
Rita est morte d’un arrêt cardiaque, dans la nuit du 3 au 4 mars, celle de la frappe sur l’hôtel Comfort, à Baabda, à deux pas de chez elle ; quartier chrétien de Beyrouth, quartier présidentiel, où se cachait un Iranien haut gradé (ou un type du Hezbollah, je n’ai pas trop suivi). En pleine nuit, pas d’alerte, fenêtres fermées, fenêtres soufflées, du verre partout. Pourquoi son cœur a‑t‐il lâché à ce moment‐là ? Pourquoi cette effraction‐ci a‑t‐elle provoqué cette fracture‐là ? J’aimerais savoir ce à quoi Rita rêvait à cet instant‐là.
Pourquoi es‐tu partie maintenant, Rita ? Le comment ne me suffit pas. L’absurde ne me convient pas. Le souvenir de ton rire ne me console pas.
Tu es morte au milieu de débris de verre, toi qui proclamais toujours : « au Liban, on n’attend pas que ça aille mieux, on apprend à vivre fêlé ». Toi qui fus la première à me féliciter quand Avi et moi nous sommes mariés, non par idéologie politique mais par humanité, toi qui as toujours su impulser de la vie quand les autres parlaient depuis une pulsion de mort.
8 mars 2026
Messe pour Rita au foyer maronite rue d’Ulm. Première fois que j’entre dans l’église Notre‐Dame‐du‐Liban à Paris. Présents, les quelques cousins cousines, petits‐cousins petites‐cousines vivant dans la capitale.
À peine ressortis sur le trottoir, le feu croisé a commencé : « C’est Israël qui l’a tuée, leurs bombes qui nous tombent dessus ! », d’un côté ; « Elle est morte à cause du Hezbollah, des Iraniens qui ont ramené la guerre chez nous ! », de l’autre. Je me suis dit que l’histoire se répétait, la famille scindée, la même ligne qui avait traversé la fratrie de mon père il y a cinquante ans, rejouée au‐dessus du corps mort de Rita.
Je les ai écoutés se disputer la cause de sa mort comme on se dispute un héritage. Chacun voulait emporter Rita dans son camp, faire de son cœur arrêté une pièce à conviction. La mort : preuve, ou contre‐preuve, dans le procès des vivants. Ma peine était trop grande pour me laisser emporter dans ce tourbillon.
14 mars 2026
Dîner avec la famille libanaise.
« Couper le robinet à la source » (Elias qui parle des Palestiniens).
« Il faut que Nétanyahou mette le paquet pour débarrasser le Liban de la racaille chiite » (Najla).
« Israël est un cancer, il va tous nous entraîner dans sa chute » (Fadi).
« Ton mari n’est plus israélien, je le considère français » (Yara).
Octave Mannoni définit le déni par la formule « Je sais bien, mais quand même… ». Le clivage a tout envahi. Il y a des blocs de défenses collectives qui anesthésient la pensée et la sensibilité morale. Ces organisations psychiques individuelles et collectives sont robustes.
Avi me répète que ce sont des digues. Que chacun colmate comme il peut, que la phrase atroce protège d’un effondrement plus atroce encore. Je sais bien. Mais quand même : je leur en veux.
20 mars 2026
Shabbat chez les cousins parisiens d’Avi, la branche ashkénaze. Appartement haussmannien, conversation haussmannienne : tout y est porteur, les murs, les noms, les carrières. Ils sont arrivés il y a quatre générations et sont si bien intégrés qu’ils ont fini par intégrer aussi la condescendance locale, celle qui s’exerçait contre leurs arrière‐grands‐parents, recyclée.
Auprès d’eux, je n’existe pas. Ce n’est pas de l’hostilité, c’est plus raffiné : une transparence. On ne me demande rien. Ni mon travail, ni ma famille, ni même mes enfants, qui sont pourtant les leurs un peu. Je suis l’épouse exotique d’Avi, une note de bas de page orientale dans leur récit familial. Quand je parle, on m’écoute avec cette patience polie qu’on accorde aux digressions, puis la conversation reprend exactement où elle s’était interrompue.
Le plus drôle, car il faut bien rire, c’est leur rapport au père d’Avi. De son vivant, ce cousin israélien les embarrassait vaguement, trop sabra, trop direct, trop peu parisien. Mort, le voilà promu : on l’évoque avec une émotion de circonstance, on se découvre des souvenirs. Le narcissisme de certaines familles : même leurs morts doivent servir leur autoportrait.
Avi en sort épuisé. Moi, étrangement, presque légère : être invisible dispense d’être en guerre. C’est la seule table de Paris où l’on ne me demande pas de choisir un camp. Il y a une forme de repos dans le néant.

22 mars 2026
À y réfléchir, j’ai cessé de leur en vouloir. Ou j’ai essayé. Mon effacement chez ces cousins d’Avi, vendredi soir, n’était peut‐être pas du dédain. Il y a dans cette famille une douleur si ancienne et si vaste qu’elle prend toute la lumière, pas par orgueil, mais peut‐être par survie. Quand on a traversé ce qu’ils ont traversé, on a sans doute gagné le droit à une seule catastrophe, qui tient lieu de toutes les autres. Le reste, d’où je viens, ce que les miens ont perdu, ne trouve pas à s’inscrire ; non qu’on le refuse, mais il n’y a plus de place.
Et j’ai pensé à mes parents. Mon père, lui aussi, laisse une catastrophe unique lui manger le ciel ; lui aussi ne voit plus que sa perte. Quant à ma mère, l’Italie miséreuse niée, l’Algérie et son monde perdu constituent un tel bouleversement que son indicibilité empêche toute parole de l’autre. Eux portent la Shoah. Chacun son astre noir qui éteint les étoiles d’à côté. Il y a des silences qui ne visent personne ; leur indifférence n’est pas un acte, mais une saturation.
Être solidaire de l’autre n’est pas une évidence. Reconnaître la souffrance de l’autre n’est pas une affaire de bonne volonté. C’est le résultat d’un travail transgénérationnel sur les mémoires.
26 mars 2026
Mon père, au téléphone, sa nouvelle marotte : « Les Juifs et les Libanais, c’est pareil. On n’est bons qu’en diaspora ». Il le dit avec gourmandise, comme une vérité qu’il aurait arrachée à la douleur. Sous le compliment, la malédiction : nulle part chez soi, et surtout pas chez soi.
Puis il pousse plus loin, et là je ne sais plus s’il provoque ou s’il pense vraiment : « Le sionisme, au fond, c’est de l’antisémitisme retourné. C’est la honte du Juif de la diaspora, du Juif fragile, sans terre, sans armée, la détestation de tout ce que les antisémites détestaient, mais reprise à son compte ». Je reconnais l’idée, je l’ai entendue ailleurs, lue sous une plume plus prudente. Dans sa bouche, elle devient une arme, dirigée peut‐être moins contre Israël que contre ma mère, comme s’il pouvait, par cette pirouette, l’accuser de mépriser ce que lui, mon père, le diasporique éternel, incarne.
J’ai raccroché agacée, et puis j’ai continué la conversation toute seule, dans ma tête, comme toujours, des heures après, les meilleures répliques arrivent quand l’autre est déjà loin.
Ce que mon père escamote, c’est que la phrase qu’il brandit n’a de sens que datée. Celui chez qui je l’ai lue ne disait pas que le sionisme aurait, de toujours, été une honte de soi déguisée ; il décrivait un glissement d’aujourd’hui, une cause qui se serait déplacée de l’amour des Juifs vivants vers la lutte contre l’antisémitisme érigée en identité, au point de pouvoir se passer des Juifs eux‐mêmes. Une montre arrêtée à une certaine heure. Mon père la donne pour le temps.
Et en l’écoutant, j’ai vu le piège se refermer sur lui sans qu’il s’en aperçoive. À force de répéter que le Juif n’est lui‐même qu’en diaspora, fragile, sans terre, livresque, il finit par faire ce qu’il croit combattre : dire au Juif ce qu’il a le droit d’être, et où il a le droit de l’être.
La mécanique est connue.
Ça me fait penser au « pourquoi » dont Avi se méfie en consultation : la vérité cachée qu’on croit détenir sur quelqu’un, au fond, c’est ceci, c’est cela. Une façon de ne pas écouter.
26 mars 2026
Je n’arrive pas à dormir. Je repense à cet échange avec mon père. Ce qui me tient éveillée, je crois, c’est ce que sa hargne recouvre. Mon père vient d’un monde où Juifs et Arabes existaient dans un rapport de proximité quotidienne, avec ses tensions, ses inégalités, mais aussi ses formes d’habituation mutuelle. Un peu comme le monde de ma grand‐mère maternelle en Algérie. Un univers symbolique non pas idéalisé mais partagé qui a disparu de manière traumatique. Les émigrations juives hors de pays arabes sont des exils qui constituent des traumas historiques transgénérationnels, mais qui sont mal connus, mal nommés, mal transmis. Leur histoire a été diluée dans une mémoire coloniale européenne, le monde perdu est devenu crypté, non symbolisé, non élaboré comme perte. Et puis, le conflit israélo‐arabe a profondément reconfiguré la lisibilité de ce passé. Personne n’a pu faire son deuil.
Mon père ne s’est jamais remis de la rupture avec Sélim. Puis d’être « enfermé dehors » en France pendant la Guerre Civile, comme l’a formulé un jour ma psy.
Des questions sans réponse. Il faut pouvoir soutenir l’incertitude tout en avançant. Être juif, entrer dans une question sans réponse. Ouvrir le Talmud, et entendre résonner en soi les hommes qui se contredisent à mille ans de distance sans que personne, à la fin, ne tranche.
Quelque chose reste en suspens dans l’existence juive, comme lorsque dans la havrouta, face à face au tiers textuel, on comprend que le désaccord n’est pas le chemin de la vérité mais qu’il en est la forme.
Mon père a trop de réponses. Ses questions, il les traite comme des étapes ; les pose, cherche, trouve, et referme. Même son désespoir a pris la forme d’une réponse. Il veut des conclusions. L’inverse d’une page de Talmud.
Blanchot écrit que « la réponse est le malheur de la question ». Ça me fait penser à Avi qui dit que le signe le plus inquiétant chez un patient n’est pas la question sans réponse, mais l’inverse : quand la réponse arrive avant que la question ne soit posée.
Alors son travail commence en amont : faire venir la question, celle du patient, avant même de pouvoir la déplacer ou d’y répondre toujours à côté. Un dispositif qui empêche de conclure.
Ces derniers mois, je n’ai entendu que des réponses.
Et mon père, voulait‐il vraiment ses réponses ? Ou cherchait‐il seulement à éteindre le bruit ?
8 avril 2026
Trump annonce un cessez‐le‐feu. Plus tard, frappe israélienne sur le quartier de Barbour, à Beyrouth. Le soir, Trump déclare que le Liban n’est pas inclus dans le cessez‐le‐feu. Macron affirme qu’il l’est pleinement. Schizophrénie.
16 avril 2026
Cessez‐le‐feu de dix jours entre Israël et le Liban. Premier contact de haut niveau entre les deux pays depuis des décennies.
23 avril 2026
Trump annonce une prolongation de trois semaines. Le lendemain, le Hezbollah et Israël continuent les combats.
1er juin 2026
Trump déclare qu’Israël et le Hezbollah ont accepté de cesser les combats. Le soir même, des frappes israéliennes se poursuivent dans le sud, le Hezbollah répond.
La parole officielle et le réel ont divorcé ; ils ne vivent plus dans le même fuseau horaire.
12 juin 2026
Ce matin, rue des Archives, un inconnu m’a croisée et l’Amérique m’a envahie. Rien qu’une odeur sur sa veste, bleue, propre, un peu sucrée : la lessive Tide. Je suis restée plantée là, le nez en l’air. Cambridge, notre courtyard, les étés à Cape Cod, Maya bébé dans le linge tiède, Joseph qui hurlait de rire quand Avi le lançait en l’air, l’étendoir qui prenait toute la place de notre petit appartement de New York au début de notre relation, le linge qui séchait à l’air libre dans les jardins d’été des amis à East Hampton, cette odeur typique du Tide qui suit nos déplacements, un souvenir de long weekend à Acadia National Park, l’odeur des couleurs de nos automnes, du blanc épais des hivers, de nos valises transportées d’un continent à l’autre. La nostalgie de notre vie.
J’aimerais tout garder, tout revivre, mille fois, encore et encore, revenir « à l’époque », avancer et rembobiner.
Tide signifie la marée. The tide of history, disent les Américains, comme si l’on pouvait sentir où elle nous porte… On est dedans, on nage, on avale de l’eau.
La marée de ma nostalgie m’a menée plus loin, vers d’autres savons. Ceux de Saïda que j’avais rapportés à Avi, il y a quelques années, lourds, verts, à l’huile d’olive. Il les avait respirés longtemps : les mêmes, disait‐il, que ceux de sa tante, à Haïfa.
Ce soir, la maison sent le café blanc libanais, fleur d’oranger et eau chaude. Avi a cuisiné un malabi, le goût de l’enfance.
Les enfants dorment, Avi lit près de moi. Je ne sais pas où va la marée. Pour cette nuit, ça suffit.




