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Un Premier ministre aux aguets, une démocratie israélienne sous tension

Alors que les élections israéliennes se rapprochent, le gouvernement israélien vient de rappeler encore son orientation illibérale et une fuite en avant préoccupante avec une série de décisions polémiques sur le plan des libertés publiques et de l’état de droit.

Publié le 15 octobre 2026

3 min de lecture

Deux journalistes, l’un allemand et l’autre italien, venus couvrir l’élection, se sont vu refuser des visas pour rentrer en Israël, sans raison évidente. Aucune explication n’a également été donnée sur la suspension du processus d’alyah pour deux jeunes Juifs de gauche, évoquée dans ces colonnes et que le député travailliste Gilad Kariv a dénoncé avec force. Cette décision arbitraire, qui va profondément à l’encontre de l’idée sioniste, fait d’ailleurs suite à l’expulsion de deux femmes juives d’Israël pour avoir, elles aussi, milité en faveur des Palestiniens, avec une interdiction de territoire israélien de 10 ans.

Dans un nouvel exercice de démagogie qui traduit sa dérive autoritaire, Benjamin Nétanyahou s’est engagé à identifier les soldats qui ont témoigné anonymement dans le film NAZA pour les traduire en justice, après avoir réitéré son appel à déchoir de leur nationalité ses réalisateurs. Cette menace contre les témoins du film justifie a posteriori ce procédé de l’anonymat dénoncé par ceux qui critiquent le film – loin d’être exempt de reproches notamment pour son analogie avec la Shoah – et ne prennent pas assez en compte la dérive autoritaire du gouvernement israélien actuel. 

Comme pour les deux jeunes Juifs dont le processus d’alyah est suspendu et comme pour les journalistes dont le visa d’entrée est nié, le véritable objectif de cette manœuvre ne vise pas nécessairement les personnes mises en cause. Il consiste plutôt à créer un climat de peur et d’intimidation pour inciter, selon une méthode éprouvée dans les régimes autoritaires, d’autres « impétrants » à se montrer plus mesurés dans leur critique du gouvernement ou dans leurs actions, comme dans le cas de jeunes militants juifs de gauche qui envisageraient un jour d’émigrer en Israël,.

Ces manœuvres d’intimidation sont d’autant plus odieuses qu’elles répondent également à de la démagogie populiste et électorale, avec un Nétanyahou surfant sur le sentiment d’isolement et de citadelle assiégée chez les Israéliens, qu’il a contribué à développer, pour en faire un carburant électoral, en rejetant toute parole critique, perçue comme « hostile ».

Lorsque ce n’est pas le gouvernement qui fait peser une menace, ce sont des nervis d’extrême droite, souvent affiliés au ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, qui perturbent régulièrement des réunions publiques ou des distributions de tracts du parti de Yair Golan, les Démocrates, avec des méthodes de hooligans que les Palestiniens de Cisjordanie agressés par certains colons violents ne connaissent que trop bien, dans la mansuétude coupable des autorités.

Tous ces incidents traduisent la tension au sein de la société, mais aussi la nervosité d’un Premier ministre accroché au pouvoir. Les attaques de la droite contre le vote des expatriés, la volonté du Likoud d’interdire les partis arabes, l’évocation par ce parti de possibles ingérences étrangères pour mettre en doute la régularité de l’élection expliquent les craintes exprimées par les membres de l’opposition qui se méfient par ailleurs de son instrumentalisation des problèmes de sécurité pour son bénéfice politique.

Nétanyahou montre un tel attachement au pouvoir qu’il est difficile de croire qu’il acceptera le verdict des urnes si ce dernier lui est défavorable, comme en son temps son « ami » Donald Trump, et les multiples mises en garde évoquées plus haut pourraient l’y aider. Cette situation volatile et le cynisme du Premier ministre expliquent la sortie de Yair Golan, qui a mis en garde contre une situation similaire au 6 janvier 2021 avec l’assaut du Capitole à l’instigation de Donald Trump. Cette crainte est d’autant plus forte que jamais autant de civils israéliens n’ont été armés, ce qui se comprend parfaitement depuis le 7 octobre 2023, mais qui pose néanmoins de nouveaux risques à la société israélienne dans un tel climat de tension. Si des violences avant ou après les élections demeurent peu probables, elles ne sont pas impossibles

En 1999, peu avant une défaite retentissante, Nétanyahou ne cessait de répéter en parlant de ses opposants, Hem mefakhadim, « Ils ont peur », pour conjurer la sienne. Aujourd’hui comme hier, Nétanyahou a peur. Des juges. Des critiques. Des électeurs. De la défaite. Cette peur le rend imprévisible et dangereux, prêt à tout pour rester en place. La démocratie israélienne est une fierté du pays, à raison. Petit pays sous la menace, il n’a jamais renoncé à organiser des élections malgré les tensions géopolitiques et le climat de guerre, et aucune élection n’y a jamais été contestée. Elle passera son plus grand test le 27 octobre et dans les jours qui suivront.


Ce dimanche 18 octobre à 18 heures, participez à notre nouveau format en visio, La Grande Question. Antoine Strobel‐​Dahan, rédacteur en chef de Tenoua, recevra Sébastien Lévi pour éclairer les enjeux des élections législatives du 27 octobre en Israël, un scrutin qui sera probablement, selon lui, l’un des plus importants depuis la création de l’État d’Israël. Vous serez les bienvenus pour lui poser toutes vos questions en direct sur Zoom.