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Israéliens à Paris : Ganit Hirschberg, faire entendre la voix des Israéliens en France, faire entendre son vote en Israël

La photographe Gali Eytan nous propose une série de portraits d’Israéliens qui vivent à Paris depuis quelques années comme depuis des décennies. Gali a photographié Ganit Hirschberg, caviste depuis une vingtaine d’années à Paris et profondément engagée dans la vie démocratie israélienne. Elle fait partie d’une organisation qui encourage les Israéliens en diaspora à aller voter aux prochaines élections. Le 27 octobre, Ganit votera pour un changement dans la politique israélienne, pour un nouveau contrat social.

Publié le 16 octobre 2026

4 min de lecture

© Gali Eytan

Nom : Ganit Hirschberg 
Âge : 60 ans
Profession : caviste et propriétaire d’une boutique de vins
Origine en Israël : Tel‐Aviv


Quand êtes-vous arrivée à Paris ?

En novembre 2000.

Pourquoi vous installer à Paris ?

La première fois, je suis venue après mon service militaire. Je travaillais au Club Med à Achziv [dans le nord d’Israël] et j’y ai rencontré des Français drôles, sympas et fous. Ça me plaisait. Je pensais que les Français étaient comme ça ; je n’avais pas compris que les gens qui travaillent au Club sont déconnectés du monde réel. Je suis venue à Paris avec une amie qui travaillait avec moi. Elle était franco‐​israélienne et, pour mes parents, c’était plus facile de me laisser partir avec quelqu’un, ça les rassurait que je voyage avec une amie.
Quand je suis arrivée, j’ai compris qu’en fait, les Français avaient une vie normale. J’ai découvert la culture française et j’ai alors su que je voudrais revenir y vivre ! J’ai rencontré des gens du monde entier. C’était intéressant, et ça l’est encore aujourd’hui. Selon moi, il n’y a pas d’endroit aussi international et aussi ouvert que Paris. Il y a beaucoup d’étrangers venus du monde entier, et tout le monde a envie de créer des liens. Lors de mon deuxième séjour à Paris, je suis officiellement revenue pour faire un MBA, mais je suis surtout venue parce que je voulais rester.

Parliez-vous français à votre arrivée ?

Oui, mais à un niveau débutant. En Israël, j’avais étudié dans un collège et un lycée de l’Alliance, donc j’avais quelques bases. 

Qu’avez-vous apporté avec vous en France ? 

L’envie de rencontrer de nouvelles personnes !

Aujourd’hui, vous gérez une boutique de vins. Comment avez-vous commencé dans ce domaine ? Et qu’aimez-vous dans ce métier ?

Je suis intéressé par le vin depuis mon arrivée ici. J’organisais des événements autour du vin pour le plaisir. Quand mon contrat de travail s’est terminé, j’ai décidé d’essayer d’en faire mon métier. J’aime le côté sensoriel et humain… Sensoriel : le goût, l’odeur et la texture du vin. Humain : je fais le lien entre les producteurs, les propriétaires de domaines viticoles que je connais personnellement dans la grande majorité, et les clients, que je connais souvent aussi personnellement après dix ans. Le vin, c’est quelque chose qui relie les gens !

Depuis que vous avez quitté Israël, votre identité juive a-t-elle changé ou s’est-elle renforcée ?

Mon identité juive a peut‐​être changé. Il m’arrive d’expliquer certaines choses aux personnes qui s’y intéressent.

Qu’en est-il de votre identité israélienne, a-t-elle évolué, s’est-elle renforcé ? 

Je ne sais pas si elle s’est renforcée, j’ai l’impression qu’elle reste stable. Tout le monde autour de moi sait que je suis israélienne. Ce n’est pas quelque chose que je cache.

Vous avez été particulièrement active dans les manifestations à Paris contre la réforme du système judiciaire en Israël. Quel message cherchiez-vous à faire entendre depuis ici ? 

C’était important pour moi que les gens comprennent ce qui posait problème, et que nous aimons Israël – c’est pour cela que nous avons toujours manifesté avec des drapeaux israéliens – mais que nous pensons que la manière dont le gouvernement agit cause du tort à Israël et aux Israéliens… ainsi qu’aux Juifs de la diaspora.
Il était aussi important pour nous de soutenir les manifestants en Israël, nos familles et nos amis, et de faire entendre leur voix ici.

Après le 7 octobre, votre mobilisation s’est tournée vers la lutte pour le retour des otages. Comment avez-vous vécu cette période ?

C’était une période terrible. Nous avons essayé de maintenir les otages autant que possible dans la conscience du monde entier. Mais avec le temps, quand nous avons vu que le gouvernement nous mettait des bâtons dans les roues, j’ai commencé à ressentir de l’impuissance. Malgré cela, j’ai continué, parce que je ne pouvais pas envisager que les otages restent là‐​bas et qu’on les oublie.

Y a-t-il un moment, dans le cadre de votre engagement ici, qui vous a particulièrement marquée, qu’il ait été surprenant, angoissant, émouvant, heureux, ou peut-être porteur d’espoir ? 

Je ne me souviens pas d’un moment précis. Mais à chaque fois que des personnes extérieures à la communauté venaient nous parler et nous encourager, je ressentais une petite victoire. Pour moi, il était important que le sujet ne reste pas cantonné à la communauté juive. Je voulais que le monde entier souhaite la libération des otages.

À quel point est-il important pour vous, aujourd’hui, de participer aux élections en Israël ?

C’est extrêmement important ! Sur une échelle de 1 à 10 : 100 ! La situation en Israël est tellement mauvaise… Cela doit changer. Il faut un gouvernement qui soigne les divisions au sein du peuple et commence à se soucier de tout le monde, pas seulement des proches du pouvoir. Il faut mettre fin à la corruption qui s’est répandue au sein du gouvernement et des institutions.

Êtes-vous encore active aujourd’hui pour encourager les Israéliens qui vivent en France à aller voter ? Quelle est concrètement votre action ?

Je suis active dans une organisation, en effet. À chaque Israélien avec lequel je parle, je demande tout de suite s’il compte se déplacer pour voter… J’essaie de pousser tout le monde à y aller. Mais je ne demande jamais pour qui mon interlocuteur pourrait voter.

Irez-vous voter ? Que répondre à quelqu’un qui prétend que vous n’en avez pas le droit parce que vous seriez une « ancienne Israélienne » ?

Je vais voter parce que je suis israélienne – certainement pas une « ancienne Israélienne » ! Même si, pour mon travail, ce n’est pas une période qui se prête à des vacances, je fais tout mon possible pour pouvoir aller voter. Et oui, je considère que j’ai le droit de voter. Je contribue et j’ai contribué personnellement à mon pays, certainement davantage que certaines personnes qui n’ont pas contribué et ne contribuent toujours pas, mais qui votent quand même.

Avez-vous fait une rencontre particulière ici depuis le 7 octobre, avec un Français ou un Israélien ?

La première semaine après le 7 octobre, j’ai reçu énormément de messages de personnes qui savaient que j’étais israélienne : des propriétaires de domaines viticoles ou des clients. Ils me demandaient comment j’allais, comment allait ma famille, et essayaient de me soutenir. Ils me posaient ces questions avec leur cœur, pas simplement par politesse ; ils insistaient pour demander et pour écouter. Ça m’a beaucoup émue.

Quand on vous rend visite d'Israël, que demandez-vous que l’on vous apporte ?

Du cottage cheese, des rugelach et des bourekas à la pâte sablée.