
Tout au long de leur histoire, les Juifs savent trop bien ce qui leur arrive lorsque les autorités ne parviennent plus à maîtriser la foule. Cela est particulièrement vrai dans un pays comme la France, où l’antisémitisme atteint déjà des niveaux alarmants, en particulier depuis le 7 octobre, et après un été émaillé d’incidents dans le pays (et en Europe). Dans ce contexte particulier, l’autorité de l’État et sa capacité à assurer leur sécurité est perçue, à raison, comme une vertu cardinale et c’est dans ce contexte que le déchaînement de violences et l’effondrement de l’ordre public du week-end ne peuvent que les préoccuper.
Cette inquiétude est aggravée par l’omniprésence du drapeau palestinien dans les cortèges des manifestations étudiantes et chez des casseurs, non pas comme signe de soutien aux droits des Palestiniens mais comme un cri de ralliement contre « l’oppression », que le slogan lunaire aperçu en marge des manifestations étudiantes « Free education, free Palestine » résume parfaitement. Il était d’ailleurs baroque mais guère étonnant de voir la jeune pasionaria multi‐causes Greta Thunberg apporter son soutien aux lycéens en keffieh pour comprendre que la convergence des luttes chère à LFI trouvait dans la cause palestinienne le dénominateur commun capable de fédérer largement.
Cette convergence explique une certaine nervosité de la communauté juive car, si la cause palestinienne est parfaitement légitime, son instrumentalisation est souvent le prétexte à des dérapages antisémites. Cette nervosité explique d’ailleurs la diffusion de deux rumeurs, démenties par le SPCJ (Service de protection de la communauté juive) pour ne pas alimenter les peurs déjà vives et légitimes. Ainsi le saccage d’une synagogue à Paris semblait s’inscrire dans une série de dégradations dans le quartier, sans visée antisémite spécifique. Quant à l’autre rumeur démentie, elle concernait celle relayée par le journaliste Paul Amar et très largement partagée sur les réseaux sociaux, y compris à l’étranger, selon laquelle des commerces tenus par des Juifs avaient été spécifiquement pris pour cible à Marseille.
Si ces rumeurs ont pu circuler et être considérées comme crédibles, malgré l’absence du moindre élément d’information dans le cas de Paul Amar, c’est que les Juifs de France sont, à raison, très angoissésdevant la hausse de l’antisémitisme. La situation insurrectionnelle française, sous fond de solidarité avec la Palestine et de fragilité de l’État, les rend particulièrement nerveux et vulnérables. Il est d’ailleurs à craindre que le thème de l’antisémitisme, bien réel et dramatique, venant notamment de la mouvance islamiste dans les banlieues, soit instrumentalisé par certains au cours de la prochaine campagne électorale ou autour des émeutes pour diaboliser la communauté musulmane dans son ensemble et aggraver encore les divisions du pays.
De nombreux Juifs français se demandent aujourd’hui comment les autorités pourraient assurer leur protection, malgré leur engagement à le faire, si elles ne parviennent déjà pas à protéger les mairies, les commerces et les citoyens ordinaires. La défaillance de l’État incontestable a donc une résonance particulière pour eux. Les émeutes du week‐end en France n’étaient pas un « sujet juif », mais bien national, sur la capacité de la République française à faire face à des pilleurs et des émeutiers. Elles pourraient néanmoins avoir une portée significative pour les Juifs de France, dans une époque déjà très trouble et anxiogène pour eux, avant des échéances électorales absolument décisives pour l’avenir du pays.




