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Décryptage : Bilan des élections israéliennes

Après les élections législatives israéliennes du 27 octobre, décryptage des résultats et des scénarios envisagés.

Publié le 30 octobre 2026

4 min de lecture

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© Sasha Malka

Les résultats

Au moment de la fermeture des bureaux de vote, mardi dernier à 22 heures, heure israélienne, les premiers résultats annoncés proviennent de sondages dits de “sortie des urnes”. Se dessinent alors trois faits importants :
1) la participation a été historiquement haute – elle sera affinée à 77,9 %
2) les partis arabes progressent fortement en nombre de députés 
3) aucun des deux blocs principaux ne semble en mesure d’emporter une majorité absolue. 

Pour rappel, la Knesset, le parlement israélien, est composée de 120 députés. Pour s’assurer une majorité de gouvernement, une coalition doit donc parvenir à réunir 61 députés. 

Les résultats définitifs ont été annoncés le 30 octobre, ils n’en sont pas pour autant officiels, l’officialisation des résultats signifiant que la Commission électorale les a certifiés et présentés au Président Herzog, ce qui devrait avoir lieu mercredi 4 novembre, à l’issue du délai légal de 8 jours maximum. 

Voici les résultats définitifs:
Likoud (Benjamin Nétanyahou) : 27 sièges
Yashar ! (Gadi Eizenkot) : 21 sièges
B’Yachad (Naftali Benett) : 12 sièges
Liste arabe unie (Youssef Jabarin) : 11 sièges
Ra’am (Mansour Abbas) : 8 sièges
HaDemokratim (Yair Golan) : 8 sièges
Otsma Yehoudit (Itamar Ben Gvir) : 7 sièges
Yahadout haTorah (Yaakov Asher) : 7 sièges
Israel Beytenou (Avigdor Liberman) : 7 sièges
Sionistes religieux (Bezalel Smotrich) : 6 sièges
Shas (Aryeh Deri) : 6 sièges

Bloc pro-NétanyahouBloc anti-NétanyahouPartis arabes
Likoud, Otsma Yehoudit, Yahadout haTorah, Sionistes religieux, ShasYashar!, B’Yachad, HaDemokratim, Israel BeytenouListe arabe unie, Ra’am
53 sièges48 sièges19 sièges

Le Likoud a certes fait le meilleur résultat de cette élection, mais la coalition perd des sièges. À titre de comparaison, aux élections de 2022, le Likoud avait remporté 32 sièges, Otzma Yehoudit‐​sionistes religieux 14, le Shas 11 et Yahadout haTorah 7.

Les coalitions potentielles

Pour former une coalition qui atteigne ou dépasse les 61 députés, il faudrait donc s’allier à l’une ou l’autre des listes arabes. Toutefois, si le bloc anti‐​Nétanyahou s’alliait à Ra’am, considéré comme plus modéré (Mansour Abbas ayant par exemple reconnu le caractère juif de l’État d’Israël), il n’atteindrait toujours pas les 61 sièges (seulement 56). Ceci pourrait être modifié par la proposition, surprenante, jeudi 29 octobre, faite par Yaakov Asher, le chef de Yahadout haTorah, de s’allier de facto à la coalition anti‐​Nétanyahou en s’abstenant de voter contre cette coalition minoritaire. en passant de 120 à 113 sièges effectifs, la majorité se situerait à 57 sièges. Il est probable que ce mouvement inattendu ait pour but principal de ne pas voir rouverte la possibilité d’obliger les Israéliens ultra‐​orthodoxes à servir dans l’armée.

Il ne reste donc que trois coalitions potentielles pour obtenir une majorité absolue :
1) le bloc pro‐​Nétanyahou allié aux partis arabes, ce qui est hors de toute probabilité,
2) le bloc anti‐​Nétanyahou allié aux deux listes arabes, en contradiction avec certains engagements de campagne, mais comme le préconise, vendredi 30 octobre, l’opposant Yair Lapid,
3) une coalition de centre‐​droit incluant le Likoud et une partie du bloc de Eizenkot, cette solution étant toutefois soumise, selon les déclarations de campagne d’Eizenkot, à une éviction de Benjamin Nétanyahou lui‐même.

La suite des tractations et la perspective de nouvelles élections

8 jours au plus après les élections (le 4 novembre pour ce scrutin), les résultats officiels doivent être proclamés et présentés au Président d’Israël, Isaac Herzog, lequel bénéficie de 7 jours maximum (soit jusqu’au 11 novembre 2026) pour recueillir les recommandations des différents partis, autrement dit un pré‐​soutien plutôt à Benjamin Nétanyahou ou plutôt à Gadi Eizenkot (ou à aucun des deux). Charge ensuite au Président de confier, habituellement (mais pas obligatoirement) à celui des deux qui aura reçu le plus de recommandations le mandat de créer une coalition. C’est un période de tractations et de négociations en sourdine et loin des caméras qui s’engage pour 28 jours (auxquels peuvent potentiellement s’ajouter 14 jours si le leader politique désigné par le Président le demande). S’il n’y parvient pas, le Président a 3 jours pour désigner un autre leader politique pour tenter de former un gouvernement en 28 jours maximum (cette fois‐​ci sans possibilité d’extension). Si lui aussi échoue, une majorité de députés (61 au moins) dispose de 21 jours pour demander au Président de désigner un député choisi par eux qui dispose, après un délai de 2 jours accordé au Président pour le nommer, de 14 jours pour réussir. 

Le temps maximum de ce processus est donc de 125 jours

Une fois qu’un leader politique est parvenu à former un gouvernement, il demande la confiance du Parlement au cours d’un vote d’investiture. Ce vote n’a pas besoin d’une majorité absolue mais doit emporter plus de pour que de contre (d’où l’intérêt de l’annonce d’une future abstention de vote comme celle faite par Yaakov Asher, le chef de Yahadout haTorah, le 29 octobre).
Si à l’issue des trois nominations, aucun gouvernement ne peut obtenir la confiance de la Knesset, celle‐​ci est dissoute et de nouvelles élections doivent se tenir dans les 90 jours. 

L’hypothèse d’un retour aux urnes ne peut donc pas être écartée pour l’instant. C’est ce qui avait eu lieu à 5 reprises entre avril 2019 et novembre 2022.

© Tenoua