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“Mon objectif, c’est qu’au moment de la célébration de sa bar/​bat mitsva, chaque enfant soit prêt à un lâcher prise sur la téva”

Maria Gammeri enseigne le Talmud‐​Tora à JEM (Judaïsme en mouvement) depuis quelques années. Comment préparer à la bar/​bat mitsva, cette étape fondatrice dans la construction d’un enfant juif ? Comment accompagner de jeunes adolescents pour qu’il s’emparent de cette cérémonie ? Pour qu’ils lui trouvent un sens profond ? Cette idée d’article nous a été suggérée par Mia, 12 ans, rédactrice en chef adjointe de notre édition spéciale « bar mitsva de Tenoua ».

Publié le 21 mai 2026

5 min de lecture

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Aujourd’hui, vous accompagnez les bar et bat mitsva de JEM. Comment en êtes-vous arrivée à enseigner ? 

Au départ, je ne viens pas du tout de ce milieu professionnel. En 2015, en raison de problèmes de santé, j’ai envisagé de changer de métier. Je fréquentais la communauté du MJLF (mouvement juif libéral de France devenu JEM, judaïsme en mouvement) depuis 2009 grâce à mes chers amis Aline et Mickaël Duteil qui m’ont accompagné et guidé dans ma démarche. J’avais réalisé une confirmation de judéité commencée en 2012 et terminée en 2014. J’avais besoin de m’alimenter, d’apprendre, d’approfondir les fondamentaux, la liturgie avec Eve Klein (responsable des cours de liturgie pour adultes mais aussi pour le Talmud Torah), de suivre des conférences. J’ai alors demandé : qu’est-ce que je peux apprendre d’autre en chantant ? Eve Klein m’a proposé : la haftara. Enfin, en 2015, j’ai célébré ma bat mitsva en tant qu’adulte. Neuf mois après cet événement, j’avais l’impression de renaître, de grandir comme une petite fille pourrait le faire. Dans ce contexte, je me suis sentie en capacité de me reconvertir professionnellement pour travailler avec les enfants, de passer différents diplômes, d’effectuer des stages en scolaire et périscolaire, d’explorer toutes les pédagogies dont Montessori. 

À la synagogue de Beaugrenelle, on suivait mon parcours et, un jour, Eve Klein m’a proposé d’accompagner des enfants qui avaient besoin d’une remise à niveau en liturgie et Revital Shloman Berger (directrice du Talmud Tora) m’a demandé de participer à la re‐​création du Gan, j’ai beaucoup apprécié ces moments privilégiés avec les enfants de 3 à 6 ans en organisant des activités très ludiques en lien avec les fêtes et l’histoire judaïque avec aussi pour objectif de développer leur créativité et laisser libre cours à leur imagination. J’ai en même temps suivi des cours pour apprendre les taamim de la parasha. Quand le covid est arrivé, Eve Klein, m’a proposé de donner des cours en distanciel pour préparer des enfants dans la dernière ligne droite de leur bar/bat mitsva

En quoi consiste la préparation à la bar mitsva

Il s’agit d’abord d’apprendre l’hébreu puis les premières prières chantées, de suivre des cours autour de l’histoire et des fêtes, et enfin d’accompagner les élèves dans la lecture de la parasha. Pour préparer la parasha, je prends le temps d’échanger en tête à tête avec l’enfant, d’identifier dans lequel des cinq livres est située leur parasha et dans quel chapitre, on commence par lire le texte, verset par verset. J’essaie de repérer au préalable les difficultés qu’un jeune adolescent pourrait rencontrer. 

J’explique aussi aux enfants que la façon de ponctuer le texte joue dans sa compréhension générale, donc on choisit de cantiller de telle manière et pas d’une autre afin que le texte s’entende bien. Je vous donne un exemple, un jour des enfants sur la téva, se mettent à réciter très vite le Shema Israël. J’ai ressenti le besoin de rappeler d’où venait cette prière. Je leur ai demandé de fermer les yeux quelques secondes pour les transporter dans le temps, ils ont été directement projetés au mont Sinaï avec Moïse recevant la Torah. Je leur ai alors demandé : à votre avis, qu’est-ce que penserait Moïse s’il apparaissait dans la synagogue et s’il vous écoutait, banalisant ainsi cette prière fondamentale ? C’est important de leur dire que les prières ont une origine, qu’elles signifient quelque chose, chaque mot mérite que l’on s’y attarde. 

Mia, la rédactrice en chef de notre édition spéciale bar/bat mitsva dont vous avez été l’enseignante, nous a raconté que vous adoptiez une pédagogie particulière… Vos élèves ne sont pas assis les uns à côté des autres, face à untableau noir. Quel est votre secret pour transmettre autrement qu’à l’école ? 

L’écoute, l’observation, la communication sont essentielles. Je commence par les féliciter, je leur dis qu’ils ont beaucoup de mérite à être là, à suivre des cours en plus de leur scolarité, et à s’investir comme ils le font. Pour que tout le monde puisse avancer ensemble, je forme des groupes d’élèves de différents niveaux. Toute suggestion est la bienvenue aussi, cela leur permet de s’investir. Je pense aussi que je suis là pour leur poser la question : qu’est-ce que tu ressens et qu’est-ce que tu as envie de faire ? Même si nous avons un programme, je préfère qu’un élève en difficulté d’apprentissage apprenne moins de prières afin qu’il les vive vraiment, en pleine conscience. Mon objectif est qu’au moment de la célébration de leur bar/bat mitsva, chaque élève soit prêt à un lâcher prise sur la téva afin d’être dans la joie et que ce moment reste gravé en lui. Vivre pleinement son judaïsme, que ce soit quelque chose qu’il puisse entretenir pour le transmettre à son tour. Nos cours ont lieu dans la synagogue, c’est une chance car cela permet aux élèves de s’approprier latéva, de pratiquer la gestuelle de certaines prières. Ils prennent ainsi conscience que la prière ne se vit pas seulement par le son de leur voix mais aussi par le cœur et par le mouvement de leur corps. Si certains souhaitent ajouter du rythme, je les laisse vivre leur spontanéité.

J’ai récemment interviewé trois jeunes bat mitsva sur le port (ou non) du tallit pour lire la Torah. Comment abordez-vous le sujet avec vos élèves ? Est-ce une évidence pour les garçons, une discussion pour les filles ou est-ce plus compliqué que ça ? 

Dans nos cours de préparation, on lit la bénédiction du tallit et celle des téfilines, c’est souvent à ce moment‐​là que se posent les questions sur le tallit ou lestéfilines.

Chez les filles comme chez les garçons, on me demande si c’est obligatoire. Si certains ne se sentent pas à l’aise, je leur conseille d’en discuter avec leurs parents et/​ou avec la responsable du Talmud Tora, Sarah Berreby, et/​ou avec l’un des rabbins pour essayer de comprendre leur sens, et discuter de ce qui peut les retenir.

Chez les filles, certaines n’osent pas porter ces signes parce que “ça ne se fait pas” dans leur tradition familiale, parce que “ça va déranger les grands-parents”. Simplement, sur le port du tallit, je leur explique que par respect pour le texte, il leur sera demandé de le porter au moment de lire dans la Torah.

J’imagine que vos élèves se sentent libres de vous poser des questions. Est-ce qu’il y a des questions qui vous ont laissée sans réponse ?

Il n’y a pas de question tabou. L’objectif est aussi de mettre les élèves à l’aise. J’apprends aussi par leurs questions pertinentes, cela me permet de faire des recherches si je ne connais pas la réponse ou de demander dans mon entourage.

En cours de parasha, un élève m’a demandé pourquoi la Torah n’était-elle pas écrite avec des voyelles ? Pourquoi on se complique la vie à apprendre un texte d’abord avec les voyelles pour ensuite s’en passer ? Je me suis donc renseignée : au départ, quand la Torah a été écrite, les voyelles n’existaient pas, elles ont été ajoutées plus tardivement pour aider entre autres les élèves à déchiffrer, à ne pas prendre une lettre ou un sens pour un autre. Et, aujourd’hui, on reste fidèle au texte d’origine.

Propos recueillis par Léa Taieb


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