Quand le conflit s’invite sur les campus
Dans un précédent article publié dans Tenoua le 19 mai 2026, « L’antisémitisme à l’école ne date pas du 7 octobre 2023 », nous rappelions que la flambée actuelle de haine antijuive ne pouvait être comprise sans revenir aux violences déjà documentées depuis le début des années 2000. Nous souhaitons ici poursuivre cette réflexion. Car il faut le redire avec force : l’antisémitisme en France ne commence pas le 7 octobre 2023. Cette affirmation est fausse. Elle repose sur une méconnaissance du sujet, sur un oubli des faits. Elle empêche surtout de comprendre la nature, la durée et les mécanismes de ces violences.
Ne pas replacer cette séquence dans une perspective historique revient à dénaturer ce que l’on prétend analyser. Les violences antisémites qui frappent les Juifs de France depuis le 7 octobre ne surgissent pas d’un vide. Elles s’inscrivent dans une histoire récente, longue de plus de vingt‐six ans, documentée, signalée, comptabilisée, décrite, commentée, mais trop souvent minimisée ou reléguée à la marge du débat public. On ne combat pas un phénomène que l’on refuse d’inscrire dans sa continuité. On ne comprend pas une flambée si l’on feint d’ignorer les braises qui couvaient depuis longtemps.
L’antisémitisme contemporain, dans ses formes nouvelles, pointe son nez dès le mois d’octobre 2000, dans le sillage de la Seconde intifada. À partir de cette date, le conflit israélo‐palestinien est importé en France. Des synagogues sont visées, des écoles juives attaquées, des élèves insultés, menacés, frappés, des lieux communautaires dégradés, des fidèles pris à partie. La violence se déploie dans l’espace public, mais aussi dans les établissements scolaires, dans les quartiers, dans les transports, dans les lieux de culte et, bientôt, dans les universités.
Dans notre précédent article, nous avons rappelé les violences commises dans les établissements scolaires. Nous avons montré combien il fut difficile, dès ces années‐là, de nommer ce qui se passait. Nous avons rappelé les hésitations, les prudences excessives, qui contribuèrent à aggraver la situation. Car faute de désigner clairement l’antisémitisme, faute de le condamner sans détour, faute de protéger suffisamment les élèves juifs et les enseignants confrontés à ces violences, on a laissé s’installer l’idée que ces faits relevaient d’un simple « conflit importé », d’une tension communautaire ou d’un désaccord politique. Ce n’était pas seulement le Proche‐Orient qui entrait dans les cours de récréation. C’était l’antisémitisme qui y trouvait un nouveau langage.
Nous voulons, dans ce second article, procéder de la même manière. Revenir aux faits. Rappeler ce qui est aujourd’hui oublié. Reconstituer la chronologie. Nommer les lieux, les épisodes, les mécanismes. Car la mémoire est ici une condition de la lucidité. Il ne suffit pas de dénoncer l’antisémitisme depuis le 7 octobre sur les plateaux de télévision, dans les communiqués officiels ou dans les discours indignés. Encore faut‐il être capable de dire d’où il vient, comment il s’est installé, pourquoi il a été si longtemps sous‐estimé, et quelles formes il a prises avant d’exploser à nouveau sous nos yeux.
Dès 2002, l’« intifada des campus »
L’université française n’a pas été épargnée. Dès le début des années 2000, elle fut, elle aussi, traversée par cette vague. Le phénomène fut suffisamment préoccupant pour que Patrick Klugman, alors président de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), parle dès 2002 d’une « intifada des campus ». Il visait notamment Saint‐Denis, Nanterre et Villetaneuse, qu’il décrivait comme un « triangle noir parisien » où, selon les cas, des étudiants pouvaient être « physiquement en danger » pour la seule raison qu’ils étaient juifs.
« Dans certaines universités, il ne fait pas bon être juif », estimait‐il. La pression monte, comme le rappelle Cécilia Gabizon dans Le Figaro du 6 décembre 2002. Dans un courriel adressé à un ingénieur, Mohamed M. évoque « l’odeur puante d’un chien juif enragé ». À Nanterre, des membres d’une association propalestinienne lancent à plusieurs reprises des « sales Juifs » à des étudiants supposés « sharoniens ». Sur certains campus, des tags associant l’étoile de David et la croix gammée se multiplient. À Saint‐Denis, un étudiant juif est même roué de coups après s’être étonné de la présence, dans le hall de sa faculté, d’un panneau représentant précisément une étoile de David fondue dans une croix gammée.
Cette situation, inédite depuis l’après‐guerre, s’inscrit dans le contexte de l’importation du conflit du Moyen‐Orient dans l’espace universitaire français. Pour un certain nombre d’étudiants et d’enseignants, « la cause palestinienne a remplacé la cause prolétarienne », rapporte encore Le Figaro. Désormais, sur les campus, Israël est couramment désigné comme un « État colonial » ou un « pays d’apartheid ». À Nanterre, Villetaneuse et Jussieu, le climat devient très pesant pour les Juifs. Au nom de la cause palestinienne, on les interpelle, on les houspille, on les traite comme s’ils étaient des soldats israéliens. Des cris de « Mort aux Juifs » retentissent, tandis que le slogan « Sionistes, fascistes, hors des facs ! » installe l’idée que certains étudiants n’auraient plus leur place dans l’université.
Les faits rapportés à l’époque ne relèvent pas de simples tensions militantes. En avril 2002, le local de l’UEJF à Jussieu est la cible d’un cocktail Molotov. Plus stupéfiant encore, l’on rapporte qu’avant de condamner cette attaque, certains professeurs auraient posé une condition : que l’UEJF prenne d’abord une position de principe contre Israël. Une association étudiante juive voit son local attaqué, mais on exige d’elle qu’elle se désolidarise préalablement de l’État juif pour mériter la solidarité universitaire.
Nanterre, Jussieu, la Sorbonne : des faits documentés
Cette atmosphère est décrite avec précision par Paul Bernard et Patrick Klugman dans une tribune publiée dans Le Monde le 21 janvier 2003. Les deux responsables de l’UEJF y décrivent l’université Paris‐X‐Nanterre comme l’un des lieux emblématiques de cette dérive. Lors d’une « Journée de la terre palestinienne », organisée selon eux sous le regard bienveillant de l’administration, une jeune femme déclare devant plusieurs centaines de personnes : « Je suis prête à me faire exploser ! » Des étudiants juifs tentent alors de prendre la parole. Ils n’y parviennent pas.
Dans cette même université, lorsque des étudiants veulent organiser une conférence sur le génocide nazi, l’administration l’annule au motif qu’elle ne peut « garantir la sécurité des intervenants ». À l’Institut national des télécommunications, un élève reçoit un message le traitant de « chien juif enragé » ; l’établissement choisit pourtant, au nom de l’ordre public, de sanctionner de la même manière l’auteur de l’insulte et la victime. Ces exemples disent bien ce qui se joue alors : non seulement des étudiants juifs sont insultés, intimidés ou empêchés de parler, mais les institutions universitaires peinent à distinguer l’agresseur de l’agressé, le trouble à l’ordre public de la haine antisémite.
Dans le même temps, à Jussieu comme à Nanterre, certaines associations étudiantes proposent régulièrement aux conseils d’administration le vote de motions prônant le boycott d’Israël, présenté comme un « pays d’apartheid ». Le 18 décembre 2002, une motion est votée à l’université Paris‐VI, demandant à l’Union européenne de ne pas renouveler son accord de coopération universitaire avec Israël. Cette requête est aussi contre‐productive qu’injuste : les universités israéliennes sont précisément l’un des rares lieux où étudiants et enseignants juifs et arabes peuvent travailler ensemble, débattre et construire des espaces communs.
Les auteurs de la tribune publiée dans Le Monde soulignent également le caractère obsessionnel de cette focalisation universitaire sur Israël. Ils notent que d’autres tragédies contemporaines, comme les massacres de chrétiens au Soudan ou au Nigeria, l’occupation du Tibet par la Chine, du Liban par la Syrie ou de la Tchétchénie par la Russie, ne suscitent pas la même mobilisation dans les facultés françaises. Lorsque les facultés Paris‐VI et Grenoble‐II envisagent de punir des universitaires en raison de leur nationalité, écrivent‐ils, c’est « comme par instinct » vers l’État juif qu’elles se tournent. Leur formule finale résume la lassitude et l’inquiétude des étudiants juifs de cette époque : « S’il vous faut absolument des adversaires pour donner un sens à votre vie, il est temps que vous en trouviez d’autres que les Juifs ».
De l’antisionisme radical à l’assignation des Juifs
Il convient toutefois de distinguer plusieurs registres. La critique d’Israël, comme celle de tout autre État, relève du débat démocratique légitime. L’antisionisme, entendu comme contestation du projet national sioniste ou des politiques conduites au nom de celui‐ci, recouvre lui‐même des réalités diverses. Mais lorsque la dénonciation d’Israël cesse de viser des institutions, des gouvernements ou des décisions politiques pour s’étendre aux Juifs dans leur ensemble, lorsqu’elle conduit à tenir des étudiants juifs pour comptables d’événements survenus au Proche‐Orient ou à leur assigner une identité politique présumée, un seuil est franchi. Ce n’est plus seulement d’Israël qu’il est question, mais de la place accordée aux Juifs dans l’espace universitaire lui‐même.
Ce qui se met alors en place est une mécanique d’assignation. Les étudiants juifs ne sont plus seulement interpellés comme citoyens, militants ou contradicteurs. Ils sont renvoyés à une identité supposée indélébile. Ils deviennent, malgré eux, des représentants d’Israël, de Tsahal, d’Ariel Sharon, de George W. Bush (et aujourd’hui de Donald Trump ou Benjamin Nétanyahou), voire de toutes les fautes attribuées à l’Occident. Le conflit israélo‐palestinien est importé dans les amphithéâtres, les halls de faculté et les conseils d’administration, mais sous une forme dégradée : non comme objet de savoir, de débat ou de controverse intellectuelle, mais comme instrument de mise en accusation des Juifs présents.
De la condamnation répétée de l’État hébreu, on glisse ainsi insensiblement vers la remise en cause de l’existence d’Israël, puis vers l’amalgame entre Israéliens et Juifs français. Certains profitent de ce climat délétère pour réactiver des thèmes antisémites anciens sous un vocabulaire politique neuf. Cécilia Gabizon rapporte qu’un long courriel de huit pages, intitulé « Pourquoi on peut détester les Juifs », circule dans de grandes écoles de commerce. Le texte évoque l’intifada et accuse ces « Juifs qui financent directement ou indirectement l’extermination des Palestiniens ». La rhétorique est limpide : derrière l’antisionisme proclamé, c’est bien la figure collective du Juif coupable, complice et corrupteur qui ressurgit.
Face à cette situation, l’institution universitaire apparaît souvent désarmée, parfois complaisante, trop souvent silencieuse. Beaucoup de professeurs et de présidents d’université n’ont plus la volonté de faire respecter les lois dans les établissements. Au ministère, on rappelle que les universités sont autonomes et que l’ingérence est difficile. Quant à la police, elle ne peut entrer sur les campus que sur réquisition des présidents d’université, lesquels hésitent à faire appel aux forces de l’ordre lorsque des manifestations pro‐palestiniennes dégénèrent. Ainsi se crée une zone grise : celle où l’autonomie universitaire devient, non plus la garantie de la liberté académique, mais le prétexte à l’inaction.
De 2006 à 2010 : une continuité
Après la séquence particulièrement aiguë de 2002–2003, le phénomène ne disparaît pas. Il devient seulement plus difficile à suivre dans l’enseignement supérieur, faute d’un recensement institutionnel spécifique des actes antisémites commis sur les campus. Le rapport sénatorial de 2024 sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur rappelle d’ailleurs que le suivi de ces actes par le ministère n’était pas formalisé avant la période récente. Cette absence de données spécifiques ne signifie donc pas absence de faits ; elle dit aussi l’angle mort dans lequel l’université a longtemps laissé prospérer ces phénomènes.
À l’échelle nationale, les chiffres montrent pourtant que la vague ouverte en 2000 ne s’est jamais refermée. Selon les données concordantes du SPCJ (Service de protection de la communauté juive) et du ministère de l’Intérieur, 571 actes antisémites sont recensés en 2006, 402 en 2007, 397 en 2008, puis 832 en 2009, avant de redescendre à 466 en 2010. L’année 2009 constitue donc un nouveau pic, directement lié au contexte de la guerre à Gaza : Le Monde rapporte qu’en janvier 2009, 352 incidents antisémites sont enregistrés, dont 50 actes de violence contre des personnes ou des biens symboliques, soit déjà 80 % du total de l’année 2008.
Ce contexte rejaillit sur le monde étudiant. En janvier 2009, face à la recrudescence des actes antisémites, l’UEJF publie une liste des actes recensés afin de servir de référence aux médias et à la société civile. Le 15 janvier 2009, l’organisation propose à Fadela Amara, secrétaire d’État chargée de la Politique de la ville dans le gouvernement Fillon, d’organiser une rencontre entre acteurs associatifs de quartier pour dénoncer les amalgames et publie dans ce cadre le texte « Contre la culture de la haine, nous choisissons le Vivre‐Ensemble ». Le 15 mars 2009, l’UEJF organise les premières Assises nationales de la lutte contre les préjugés, en présence de Fadela Amara, avec plus de 400 participants, principalement issus du monde associatif de quartier.
Mais l’épisode le plus significatif de cette période se produit à la Sorbonne, le 12 décembre 2009. Ce jour‐là, une conférence intitulée « Gaza, un an après : les nouveaux risques d’agression dans la région » se tient à la faculté de droit de la Sorbonne, 12 place du Panthéon, avec notamment Ali Fayad, membre du bureau politique du Hezbollah et député au Parlement libanais, invité par le Mouvement des Indigènes de la République. La Règle du Jeu rapporte que dix étudiants de l’UEJF étaient présents pour protester contre la tenue de cette conférence et contre la présence d’Ali Fayad. Une étudiante se serait levée au début de la réunion pour déclarer : « On ne peut pas accueillir un terroriste à la Sorbonne », avant d’être poussée vers la sortie par le service d’ordre, avec plusieurs de ses camarades. Le même récit fait état d’insultes, de menaces, d’un opposant brutalement pris à partie et d’une chemise déchirée, tandis que l’UEJF affirme que dix de ses étudiants ont été agressés physiquement au cours de la conférence.
Ce nouvel épisode prolonge les mécanismes déjà observés au début des années 2000. Une fois encore, le conflit israélo‐palestinien n’est pas seulement débattu dans l’université ; il y est importé sous une forme passionnelle, militante et parfois violente. Une fois encore, des étudiants juifs et/ou membres de l’UEJF se retrouvent physiquement exposés lorsqu’ils contestent la présence d’acteurs ou de discours qu’ils considèrent comme incompatibles avec les valeurs républicaines. Une fois encore, la question posée n’est pas seulement celle du pluralisme universitaire, mais celle de la capacité de l’institution à protéger les étudiants juifs lorsqu’ils sont pris à partie.
En 2010, l’UEJF poursuit parallèlement un travail de réponse civique et pédagogique. Le 30 avril 2010, elle organise à Sciences Po les Assises nationales de la lutte contre les préjugés, réunissant une cinquantaine d’associations de quartiers pour dresser un état des lieux du travail mené contre les préjugés en France. En juin 2010, face au boycott mené par les cinémas Utopia contre un film israélien, l’UEJF reprogramme l’avant-première du film avec plusieurs personnalités, dont Élie Chouraqui, Romain Goupil et Georges‐Marc Benamou. En décembre 2010, l’UEJF organise avec SOS Racisme une tournée en France d’une équipe de football israélienne judéo-arabe d’Abou Gosh, composée de jeunes Juifs et Arabes, avec des étapes notamment à Paris, Aubervilliers, Villetaneuse, Nanterre, Lyon, Saint‐Étienne et Grenoble (UEJF).
Ces initiatives de dialogue ne doivent pas masquer la continuité du problème. Entre 2006 et 2010, les données nationales confirment que l’antisémitisme reste à un niveau élevé, avec un pic spectaculaire en 2009 dans le contexte de Gaza. Dans l’enseignement supérieur, les faits précisément documentés demeurent moins nombreux que dans l’espace scolaire ou communautaire, mais l’épisode de la Sorbonne en décembre 2009 montre que les campus restent traversés par les mêmes tensions : importation du conflit, intimidation de militants juifs, violences verbales et physiques, puis difficulté persistante à faire reconnaître la nature exacte de ce qui s’est produit.
Une décennie moins visible mais non dépourvue de tensions
Après 2010, les actes antisémites et les manifestations d’hostilité dans l’enseignement supérieur deviennent plus difficiles à appréhender, faute d’un dispositif national de recensement spécifique et durable. Cette lacune est relevée par le rapport sénatorial de 2024, qui souligne une « regrettable absence de suivi statistique », une « sous‐déclaration manifeste » des incidents et un phénomène « largement sous‐évalué ». Les rapporteurs relèvent également une « forte insécurité ressentie par les étudiants juifs » et des manifestations d’hostilité « de nature très diverse », allant des inscriptions aux injures, menaces, violences physiques, harcèlement ou messages insultants sur les réseaux sociaux et applications de conversation. Dès lors, le relatif silence statistique des années 2010 ne saurait être interprété comme la disparition du problème. Il révèle aussi les difficultés rencontrées par les établissements pour identifier, qualifier, signaler et suivre ces situations. Cette faiblesse du suivi contribue à expliquer pourquoi l’explosion des actes signalés après le 7 octobre 2023 a pu apparaître à certains comme une rupture absolue, alors qu’elle s’inscrit également dans une dynamique plus ancienne dont plusieurs indicateurs laissaient déjà entrevoir la persistance.
L’antisémitisme dans les facs, une continuité à regarder en face
Cette continuité éclaire aussi la situation actuelle. Dans Tenoua, le 28 mai 2026, Lisa Hazan publie « Le climat invivable des facs pour les étudiants juifs en 2026 », un article donnant la parole à plusieurs étudiants juifs qui décrivent, depuis le 7 octobre 2023, un climat universitaire marqué par les insultes, les menaces, l’isolement et l’assignation politique. À Paris Cité, à la Sorbonne ou à Sciences Po, certains témoignages évoquent des croix gammées, des inscriptions haineuses, des mises en accusation publiques, des propos tenus par des enseignants, des messages hostiles sur les groupes de promotion, mais aussi une absence de soutien institutionnel. Plusieurs étudiants racontent les conséquences concrètes de cette hostilité : décrochage, redoublement, année de césure, évitement des cours, formation à distance ou dissimulation de leur identité juive. L’article souligne enfin que ces étudiants vivent désormais leur judéité autrement, entre peur, colère, repli, solidarité et résilience.
Il faut donc le rappeler avec netteté : la montée de l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur ne commence pas le 7 octobre 2023. Dès 2002–2003, des étudiants juifs furent insultés, menacés, empêchés de parler, sommés de se justifier, agressés physiquement ou visés à travers leurs locaux associatifs. En 2009, la Sorbonne en fournit encore une illustration ; en 2026, les témoignages recueillis par Tenoua montrent que cette inquiétude n’a pas disparu. Déjà, le conflit israélo‐palestinien servait de justification à l’assignation des Juifs de France à Israël. Déjà, certaines formes d’antisionisme radical pouvaient ouvrir la voie à des manifestations explicites de haine antijuive. Déjà, les alertes existaient, les faits étaient rapportés, les campus concernés étaient identifiés. Mais, comme souvent, il faut beaucoup de temps pour accepter de voir ce qui était pourtant sous nos yeux.
"Pour Maitre Stéphane Lilti, qui fut pendant de très nombreuses années, le fidèle et vaillant avocat de l’UEJF."
Marc Knobel est historien, chercheur associé à l’Institut Jonathas de Bruxelles




