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Élections israéliennes : l’enjeu majeur du vote arabe

Alors que les élections israéliennes se rapprochent, les voix arabes pourraient jouer un rôle majeur dans la composition du prochain gouvernement et donc dans l’avenir de l’État d’Israël.

Publié le 19 juin 2026

4 min de lecture

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Une citoyenne israélienne vote lors des élections législatives en 2021 (photo : INSS/​Université de Tel Aviv)

Un système électoral théoriquement favorable aux Arabes

Israël fonctionne sur un système de proportionnelle intégrale, avec un seuil d’éligibilité à 3,25% qui donne droit à 4 députés. Un parti ne peut donc pas avoir moins de 4 députés, afin d’éviter une trop forte dispersion et de favoriser la formation de coalitions.

Ce système a incité certains partis arabes à s’unir entre eux, mais pas tous. Ainsi, lors des dernières élections, le parti Balad (nationaliste) n’a pas eu de députés, car il a obtenu 3% des voix. S’il s’était joint à la liste arabe Hadash‐​Taal, les partis arabes auraient eu 3 députés en plus et la coalition de Nétanyahou n’aurait pas pu atteindre les 61 sièges nécessaires à la formation d’un gouvernement.

Ces élections de novembre 2022 ayant permis le retour de Nétanyahou au pouvoir, avec le gouvernement le plus à droite d’Israël, n’auraient d’ailleurs pas eu lieu si la liste Hadash‐​Taal avait pallié les défections dans la coalition gouvernementale. Le pouvoir des Arabes israéliens est donc bien réel, même s’il a longtemps été un pouvoir « par défaut », dans une abstention bienveillante, comme avec Rabin‐​Peres entre 1995 et 1996 après le départ du parti Haredi Shas, et non comme partenaire de coalition, sauf dans le cas du gouvernement Bennett‐​Lapid entre 2021 et 2022.

Un véritable tabou a en effet longtemps existé dans la politique israélienne, rejetant de facto les Arabes du jeu politique. Sans ces élus arabes, l’obtention de 61 députés nécessaires à former une majorité s’opérait en fait sur 105–110 députés, et non sur 120, ce qui favorisait la droite. La moindre participation électorale des Arabes par rapport à leurs concitoyens juifs a aussi rendu possible cette ostracisation de fait, jusqu’au gouvernement « du changement » mettant fin (provisoirement) au règne de Nétanyahou en 2021.

La fin paradoxale du tabou en 2021

Après une série de quatre élections non concluantes entre 2019 et 2021, ne permettant pas la formation d’une coalition de partis « juifs » (partis sionistes et ultra‐​orthodoxes), les partis arabes sont devenus un partenaire potentiel. Et c’est Nétanyahou, à son crédit, qui osa briser le tabou en proposant une alliance avec Mansour Abbas, le chef du parti islamiste modéré Raam, aux revendications plus sociales que nationalistes, solubles dans une alliance avec les partis sionistes.

Si l’accord ne se fit pas, la levée de ce tabou permit à l’opposition menée par Lapid et Bennett de démarrer des discussions avec Abbas, sans être accusés de trahison par la droite (qui ne se priva pas de le faire pendant et après les élections…). Ces discussions permirent la conclusion d’un véritable accord de coalition avec Raam, qui obtint des commissions à la Knesset et des arbitrages budgétaires favorables à défaut de rentrer officiellement dans le gouvernement. 

Abbas fut un partenaire loyal et apprécié, et cette expérience, aussi courte fût‐​elle, a montré la possibilité d’une alliance politique raisonnable entre partis juifs sionistes et arabes, pour le bien de la société israélienne, tres loin de la société d’apartheid dépeinte par certaines flottilles… Le succès de cette alliance rend encore la prudence de l’opposition sioniste sur l’alliance avec les Arabes encore plus étonnante et regrettable aujourd’hui.

Le retour du tabou

Tous les partis sionistes, même d’opposition, à l’exception du parti de gauche « Les Démocrates » de Yair Golan se sont engagés à ne pas gouverner avec les partis arabes après les élections.

Tout en assumant son choix de gouverner avec eux précédemment, Bennett (entre autres) a justifié ce revirement par l’attaque terroriste du 7 octobre, qui expliquerait la réticence du peuple israélien à soutenir une telle configuration aujourd’hui. Cet argument est autant absurde qu’insultant. Absurde parce que les Arabes ont aussi été des victimes de l’attaque terroriste du Hamas et parce que certains hommes politiques arabes israéliens ont soutenu les familles des otages bien plus que les ministres du gouvernement israélien. Insultant parce qu’elle assimile de manière induite tout Arabe aux terroristes du Hamas, sur le modèle des antisémites qui font des Juifs du monde entier des « sionistes génocidaires suppôts de Nétanyahou » (sans que cette comparaison ne mette évidemment sur le même plan Netanyahou et le Hamas)

Cette prudence qui tend à la couardise est une capitulation contre l’extrême droite, qui ne cesse de diaboliser les Arabes israéliens et de mettre en garde contre une telle alliance, et un cadeau en or à Nétanyahou, qui peut s’en servir pour rester au pouvoir malgré son impopularité.

Le cynisme de Nétanyahou et la naïveté de l’opposition

Nétanyahou sait parfaitement que ses chances de réunir 61 députés après les prochaines élections sont à peu près nulles. Comme un joueur d’échecs qui sait que la partie ne peut être gagnée, il souhaite désormais empêcher l’opposition de le faire, et l’ostracisation des partis arabes est sans doute la seule carte à sa disposition. Il est étonnant que l’opposition accepte ce chantage au nationalisme, comme si “l’expérience Mansour Abbas” n’avait pas existé, et comme si Nétanyahou lui‐​même n’en avait pas été l’instigateur involontaire.

Si aucun camp ne peut former une coalition, de nouvelles élections sont convoquées et c’est le gouvernement sortant qui reste en place, avec à sa tête Benjamin Nétanyahou. La manœuvre est transparente pour un premier ministre menacé par la justice et plus impopulaire que jamais. Cette ostracisation politique des Arabes israéliens est d’autant plus dommageable qu’elle coïncide avec une intégration chaque jour plus réussie des Arabes au sein de la société israélienne.

Une intégration réelle des Arabes israéliens

N’en déplaise aux critiques obsessionnels de l’État hébreu, Israël n’est pas une société d’apartheid. D’abord parce que les Arabes ont le droit de vote et de se faire élire, mais aussi parce qu’ils représentent 25% des médecins, 50% des pharmaciens, et près de 20% des diplômés de l’enseignement supérieur en Israël (ce dernier taux est en ligne avec leur poids démographique en Israël).

Le plafond de verre est donc plus politique que sociétal, malgré la permanence d’un racisme et d’une méfiance chez une partie des Juifs israéliens. Le rôle des politiques juifs israéliens devrait donc être d’accompagner cette évolution, de ne pas les rejeter vers la sécession civique et d’assumer un véritable partenariat avec eux.

C’est non seulement la seule stratégie électorale pour battre la coalition au pouvoir mais aussi et surtout la voie pour permettre au pays de tourner symboliquement la page du gouvernement actuel, le plus extrémiste dans l’histoire du pays, et d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire d’Israël. Ce chapitre serait celui du partenariat civique entre Juifs et Arabes, pour honorer la déclaration d’indépendance qui souhaitait assurer « une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ».