
Nom : Hadar Gabay (@hadarandart)
Âge : 31 ans
Profession : Comédienne et créatrice de contenus sur la culture française De Givatayim via Paris à la campagne, près de Nantes.
Arrivée : octobre 2019
Pourquoi êtes-vous venue à Paris ?
Depuis mes 16 ans, la culture française m’a toujours fascinée. J’ai visité Paris plusieurs fois avant de m’y installer. À 25 ans, au moment où je terminais mes études de théâtre à Tel Aviv, il m’a semblé évident de tenter l’aventure à Paris : je voulais vivre son architecture, l’incroyable richesse de sa vie théâtrale, son art et toutes les histoires que l’on découvre à chaque coin de rue.
Vous arrivez seule, sans parler français. Comment vit-on ce recommencement à zéro ?
Oui mais cette période était magnifique : j’ai rencontré des gens très différents, j’avais le sentiment que le monde s’ouvrait à moi, que tout était possible. En même temps, vivre loin de sa famille reste la chose la plus difficile – ça ne change pas avec le temps. Pour le français, au début, mes conversations restaient assez limitées. Aujourd’hui, après presque sept ans, je me sens très à l’aise en français, je progresse tous les jours, j’ai joué au théâtre en français, je vis depuis quelque temps près de Nantes où tout mon entourage est francophone !
Parlez-nous de votre page dédiée à la culture française.
J’ai compris assez vite que la culture française était ma passion et qu’elle me nourrissait profondément – j’ai toujours besoin de découvrir, d’en savoir plus. Ce sont avant tout les histoires des lieux qui me passionnent, et Paris comme la France en regorgent. Depuis que j’ai ouvert ma page Instagram, je sens que j’ai trouvé ma place : je peux transmettre à la fois la beauté de la France et quelque chose de ma vie personnelle. Ma flamme intérieure s’est rallumée.
Quand et comment l'idée de cette page est-elle née ?
Plusieurs amies m’encourageaient, depuis mon arrivée, à partager ma vie parisienne sur les réseaux. Il m’aura fallu cinq ans pour franchir le pas.
Qu'est-ce qui vous manque d'Israël, et qu'avez-vous trouvé ici que vous n'aviez pas là-bas ?
Ce qui me manque, c’est la chaleur spontanée des rapports, cette façon d’être ensemble sans avoir besoin des formules de politesse, avec une énergie très vivante. Mais j’apprends avec le temps à apprécier autre chose : le calme, la possibilité de prendre le temps, de savourer les petits moments. L’art de vivre.
Qu'avez-vous apporté avec vous en France ?
Des mots, surtout. Dans les conversations avec mon mari, ses filles et mes amis, il y a des mots hébreux qui se sont installés naturellement : lehaïm, labriout, toda. Et avec eux, des codes et des blagues qu’on n’a pas ici.
Et puis c’est en France que vous avez trouvé l’amour de votre vie et, avec votre mari, vous habitez près de Nantes à la campagne.
Oui, je vis près de Nantes, dans une petite ville pleine de charme. Le changement n’a pas été simple au début, il m’a fallu du temps pour m’attacher à cet endroit, me faire de nouvelles amitiés et construire un nouveau rythme de vie. Aujourd’hui, je suis très heureuse d’avoir eu l’opportunité de vivre en dehors de Paris. Cela m’a permis de découvrir une France plus authentique et plus diverse, à travers ses saveurs, ses paysages et ses habitants. Il est aussi plus facile de voyager et de partir à la découverte de nouveaux endroits. D’une certaine manière, j’ai parfois l’impression de vivre un rêve.
J’aime énormément Paris et cette ville me manque parfois. Mais il me suffit alors de prendre le train et de passer quelques jours dans la capitale. Cela me recharge immédiatement en énergie urbaine.
En tant qu’Israélienne vivant dans une petite ville française, j’ai toujours été accueillie avec le sourire. Les gens sont curieux, bienveillants et chaleureux. Mathieu, qui est originaire d’Angleterre, et moi nous nous sommes mariés à la mairie il y a un mois et demi, et notre maire était ravi de célébrer l’union d’un couple dont aucun des deux n’est français. C’était quelque chose d’assez particulier pour eux, et cela nous a beaucoup touchés.
Comment avez-vous vécu le 7 octobre depuis la France ?
Ce matin‐là, j’étais en état de choc. Tout allait très bien dans ma vie à ce moment‐là et, d’un coup, tout a basculé. Pendant les premiers mois, j’avais l’impression de vivre dans deux univers à la fois : entourée d’amis bienveillants ici, mais qui ne pouvaient pas vraiment mesurer ma douleur. Mon cœur et mes pensées sont restés en Israël ; et ils y sont toujours.
Comment gérez-vous cette dualité ?
Ce n’est pas toujours simple. La transition entre les deux pays est toujours un peu difficile, et quand je rentre de mes visites en Israël il faut se réadapter… Je crois que toutes les personnes qui vivent ailleurs que dans leur pays natal connaissent cette sensation. Moi j’essaie de trouver un équilibre, de rester attentive à ce qui se passe sans me laisser submerger. J’ai fini par accepter que ce sera probablement toujours ainsi, une dualité, un cœur partagé en deux, mais qui, justement, m’est rendu entier par ce mélange.
Comment vivez-vous le fait d'être une influenceuse israélienne dans un contexte français ?
Je me sens à ma place. Je suis heureuse d’être l’une des Israéliennes qui fait découvrir la culture française à d’autres Israéliens, de créer ce pont, de montrer que les deux cultures peuvent coexister et s’enrichir mutuellement. Je ressens une véritable mission avec ce projet Hadar and Art.
Il existe de nombreuses influences de la culture française sur Israël et les Israéliens, que ce soit dans la langue, la musique ou bien d’autres domaines. Et en miroir, je pense que la culture israélienne a elle aussi beaucoup apporté à la France. Cela va de la gastronomie jusqu’au théâtre. Les Français sont, par exemple, passionnés par l’œuvre de Hanoch Levin ! Par ailleurs, je travaille actuellement sur un spectacle en solo avec une metteuse en scène israélienne. La création aura lieu en France, et il nous semble particulièrement pertinent d’aborder les thèmes que nous avons choisis dans ce contexte précis.
De nouvelles habitudes adoptées depuis votre arrivée ?
Beaucoup. Tout ce qui touche à la joie de vivre : prendre le temps à table, flâner, se faire de petits plaisirs, partir en vacances vraiment. Mais la surprise la plus inattendue : j’ai appris à aimer les huîtres !
Une anecdote marquante avec la culture française?
Je suis une grande fan de Serge Gainsbourg. Il y a trois ans, le jour de l’anniversaire de sa mort, je suis allée avec une amie devant sa maison de la rue de Verneuil. Il y avait du monde et beaucoup de presse. Nous étions probablement les plus jeunes sur place. Un journaliste a commencé à nous interviewer et, en quelques minutes, tout un groupe de reporters s’est approché avec micros et caméras. J’ai parlé de mon tatouage de Gainsbourg. Ce soir‐là, je suis passée sur plusieurs chaînes de télévision françaises !




