Les élections israéliennes auront donc lieu le 27 octobre. Elles marqueront un choix décisif pour les citoyens israéliens, autant sur les solutions politiques aux problèmes du pays que sur le type de société dans lequel ils veulent vivre, avec des implications pour les Juifs de diaspora et donc du peuple juif dans son ensemble.
Si Nétanyahou professe avec emphase l’unité du pays et du peuple juif, sa pratique du pouvoir est à l’opposé de cet objectif affiché. Pendant toute sa carrière, suivant les conseils d’Arthur Finkelstein, son conseiller républicain américain lors de la campagne de 1996, il a eu recours au mensonge et à la division, clivant les Israéliens entre « gauchistes » et « patriotes », et il a toujours privilégié ses intérêts politiques partisans à ceux du pays. Dans les derniers jours, il a ainsi décidé de ne pas se conformer à une décision de la Cour Suprême, affaiblissant encore l’État de droit, de laisser passer une loi insinuant que la prière en yeshiva serait sur un pied d’égalité avec le service militaire et dispensant de sanctions les ultra-orthodoxes évitant le service militaire.
En prenant ces décisions au profit notamment des ultra‐orthodoxes, Nétanyahou ne fait pas qu’affaiblir la démocratie dans le pays, comme il l’a fait depuis le début de cette mandature avec la réforme judiciaire, il indigne aussi une grande partie de la société israélienne, y compris à droite, pour consolider sa coalition avant les élections. Il envoie aussi un nouveau signal de mépris aux Juifs de diaspora, surtout américains, qui ne se reconnaissent pas dans le rite orthodoxe et qui sont ostracisés par les autorités rabbiniques en Israël, dont les partis ultra‐orthodoxes sont une représentation fidèle et l’émanation politique.
Non content d’ostraciser les Juifs américains, Nétanyahou se fiche de voir demain des dizaines de milliers d’Israéliens quitter le pays, notamment à cause de la dérive illibérale du pays et du du service militaire obligatoire qui fracture la société israélienne. Pour lui, la priorité, évoquée dans ces colonnes, est l’alliance avec les Haredim en Israël, l’extrême-droite sioniste religieuse et dans une moindre mesure avec les Chrétiens évangéliques aux États‐Unis. Agnostique lui‐même, il s’allie avec les messianiques juifs ou chrétiens par convenance politique, pour rester au pouvoir, et personnelle, pour éviter la prison. Cette alliance, qui lui aura permis d’aller au bout de sa mandature malgré les manifestations monstres contre la réforme judiciaire et la catastrophe du 7 octobre, est donc autant productive politiquement que destructive sur le plan de l’unité du pays.
La tâche de son successeur, dont il faut espérer qu’il arrivera très vite au pouvoir, dépassera donc les enjeux sécuritaires, diplomatiques ou économiques du pays. Elle consistera aussi largement à retisser des liens distendus entre Israéliens et, entre les Juifs israéliens et les Juifs de diaspora. Elle visera à refaire du pays l’État démocratique du peuple juif, dans toute sa diversité et sa complexité, et pas uniquement l’État des nationalistes, des messianiques d’extrême-droite et des ultra‐orthodoxes. En ce sens, l’enjeu de ces élections dépassera de très loin les seuls enjeux politiques ou diplomatiques israéliens, pour être une élection aux conséquences profondes sur la nature même du pays, l’avenir du peuple juif, et sa relation future avec l’État d’Israël.




