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L’erreur de Macron, la faute de Royal, et les débats rendus impossibles 

Dans son sermon de Yom Kippour, Delphine Horvilleur a parlé avec justesse des « mots qui séparent », qui empêchent le débat et le dialogue. En l’espace de deux jours, deux personnalités politiques françaises de premier plan, Emmanuel Macron et Ségolène Royal, ont illustré chacun à sa manière, son propos.

Publié le 25 septembre 2026

4 min de lecture

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Dans son sermon de Yom Kippour, Delphine Horvilleur a parlé avec justesse des « mots qui séparent », qui empêchent le débat et le dialogue. En l’espace de deux jours, deux personnalités politiques françaises de premier plan, Emmanuel Macron et Ségolène Royal, ont illustré chacun à sa manière, son propos.

Citons Delphine Horvilleur : « Soudain, la validité ou la pertinence d’un terme n’a plus besoin d’être démontrée puisqu’il s’agit juste de consolider un entre‐soi, dans l’éviction d’un autre devenu l’ennemi. Et toutes les tentatives de penser le mot, de débattre de son sens, de questionner sa pertinence, sont vaines, car il ne s’agit plus de définir mais de fédérer. Il n’est plus question de débattre mais de combattre ».

Comme pour certains mots, il y a des inexactitudes ou des injonctions qui braquent et qui créent un réflexe, bien compréhensible, de repli et de refus du débat qui aurait pu s’ouvrir en leur absence.

En parlant du Hamas qui n’aurait jamais « sévi » en Cisjordanie lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, le président Macron a énoncé une contrevérité majeure. En voulant appuyer sa dénonciation de la politique israélienne en Cisjordanie et à Gaza par une contrevérité, il a annihilé toute discussion sur le sujet, pourtant légitime et même nécessaire, offrant une porte de sortie inespérée au gouvernement israélien et à ses défenseurs pour l’éviter.

En enjoignant « les voix juives » de France à se désolidariser de Nétanyahou dans sa dénonciation de l’antisémitisme, Ségolène Royal a, en quelque sorte, conditionné, qu’elle s’en défende ou non, la sécurité des Juifs à une prise de position politique kasher sur la politique du gouvernement israélien.

Macron avait déjà eu de tels propos sur le Hamas en Cisjordanie lors d’une interview à la chaîne de télévision israélienne N12 il y a un an. Royal avait, de son côté, lié la critique d’une affiche contre l’extrême-droite à forte connotation antisémite de LFI à la situation à Gaza, semblant relier et excuser la première par la seconde. Dans les deux cas, il est donc impossible de plaider l’erreur de bonne foi – il faut y voir un choix politique assumé et erroné dans le cas de Macron, et scandaleux dans le choix de Royal.

Des débats autour de ces prises de position de Macron et Royal existent pourtant et sont nécessaires et légitimes. 

Emmanuel Macron aurait pu et dû se contenter de parler de la différence entre le Hamas et l’Autorité palestinienne, condamner l’annexion rampante de la Cisjordanie et les violences des colons qui empêchent toute solution politique, alors que le Fatah coopère avec Israël pour affaiblir le Hamas en Cisjordanie, où il “sévit” bel et bien. La nécessaire discussion sur l’avenir de la Cisjordanie ou de Gaza, avec le désarmement du Hamas comme condition, a été rendue impossible par cette faute politique de Macron, qui a entraîné une levée de boucliers unanime et légitime, bien au‐​delà du gouvernement israélien, lequel a pu sauter avec délectation sur l’occasion.

Le traumatisme du 7 octobre existe et il concerne aussi, et même fortement, la Cisjordanie dont des villes comme Hod HaSharon, Netanya ou Kfar Saba ne sont distantes que de 5 à 10 kilomètres. Parler de l’absence du Hamas en Cisjordanie semble minorer les enjeux de sécurité qui sont aujourd’hui omniprésents dans toute la société israélienne, à droite comme à gauche. La réaction unanime de la classe politique israélienne contre les propos de Macron ne s’explique en effet pas uniquement par des considérations électorales. Elle dit l’état de la société israélienne, qui peut entendre des vérités sur l’impasse de la colonisation et le scandale des violences des colons, sans pour autant nier les problèmes sécuritaires du pays, surtout si le président Macron veut être audible et, avec lui, la diplomatie française.

La sortie de Ségolène Royal est encore plus impardonnable. Un débat peut et doit exister sur le type de solidarité à avoir avec Israël, la distinction nécessaire entre le pays et son gouvernement. Mais ce débat ne saurait être lié, en aucune manière, à la lutte contre l’antisémitisme qui ne se contente pas de « sévir » en France, mais qui y fait rage. 

Un autre discours aurait pu être celui d’une défense de l’État d’Israël qui passerait par la critique de son gouvernement qui, à bien des égards, en compromettrait l’avenir, comme le pensent des centaines de milliers d’Israéliens. Dans le cas des Juifs de France, c’est au nom de l’amitié ou du soutien à Israël qu’une critique pourrait et devrait être émise contre son gouvernement, et non pour « s’acheter » une protection illusoire. Rappelons que ceux d’entre eux qui défendent le gouvernement israélien ne méritent pas plus d’être importunés ou agressés parce qu’ils « penseraient mal ». Or c’est ce que Ségolène Royal a fortement laissé entendre dans son propos – et ses tentatives de le clarifier n’ont pas été concluantes, loin s’en faut. 

L’injonction de Ségolène Royal pourrait bien avoir créé un réflexe d’union sacrée autour du gouvernement israélien malgré les critiques que beaucoup de Juifs et d’Israéliens émettent à son encontre. Conditionner la tranquillité des Juifs à leur bonne conduite en matière politique est non seulement abject mais aussi contreproductif, alors que les Juifs de France (et du monde entier) sont harcelés, attaqués et sommés de se positionner sur la politique du gouvernement israélien.

Le gouvernement Nétanyahou n’est pas l’État d’Israël. Il est possible d’aimer Israël et de critiquer son gouvernement, et d’appeler à une révolte contre ce gouvernement au nom même de la défense du pays. Il est également possible de dire que la politique actuelle en Cisjordanie compromet l’avenir de ce pays comme État juif et démocratique, et légitime de dire que la défense d’Israël, quand le pays est attaqué injustement, est d’autant plus efficace qu’elle n’est pas inconditionnelle et absolue lorsqu’il commet une erreur, une faute ou un crime. Il est également possible de dire que la politique actuelle du gouvernement israélien contribue indirectement, et sans le vouloir, à donner des pretextes à l’antisémitisme, par l’importation du conflit que certains veulent imposer, tout en rejetant absolument toute justification de cet antisémitisme, et de refuser de faire des Juifs de France des victimes « légitimes » par leur défense ou leur manque de dénonciation de cette politique, aussi critiquable soit‐elle.

Ces débats sont sains mais ils sont rendus de facto impossibles par l’erreur de Macron et l’injonction identitaire de Royal, qui ont l’effet de braquer et d’empêcher toute discussion. En ce sens, ces dernières sont des fautes lourdes et même impardonnables, en ce qu’elles accentuent ce que dénonce si justement Delphine Horvilleur dans son sermon : « l’exclusion violente d’un autre, le renforcement de cette polarisation terrible qui dévaste notre société. »