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La guerre en Iran pourrait‐​elle remettre en cause l’alliance israélo‐américaine ?

Alors que le sort de la guerre avec l’Iran est plus que jamais incertain après l’échec des négociations à Islamabad, son impopularité pourrait bien mettre à l’épreuve l’alliance entre les États‐​Unis et Israël, dans un contexte d’érosion du soutien à l’État hébreu parmi l’opinion publique américaine.

Publié le 16 avril 2026

4 min de lecture

Une guerre impopulaire

La guerre n’est soutenue que par 35 à 40% des Américains, avec une forte polarisation puisque cette guerre n’est soutenue que par 5% des Démocrates, mais par 80% des Républicains. La popularité chez ces derniers est d’ailleurs sans doute en trompe‑l’œil car elle reflète surtout la loyauté quasi‐​absolue à Trump. Ainsi, le pourcentage de soutien à cette guerre parmi ces électeurs était passé de 55% juste avant le début de la guerre à 80%, dans un parti au sein duquel l’isolationnisme demeure bien présent.

Beaucoup d’Américains estiment que le prix à payer est trop lourd, avec des prix à la pompe qui explosent dans un contexte économique déjà incertain, et la crainte de pertes de soldats. Il existe un souvenir cuisant aux États‐​Unis des guerres menées au Moyen‐​Orient, démarrées pour des motifs légitimes mais poursuivies dans l’enlisement et achevées dans la confusion. Cette défiance est aussi celle de l’opinion envers Trump et l’allié des États‐​Unis dans cette guerre, l’État d’Israël.

Une impopularité croissante d'Israël dans les deux partis

Avant même cette guerre, Israël avait perdu en popularité au sein des deux partis, en particulier depuis la guerre de Gaza, avec 60% des Américains qui avaient une mauvaise opinion d'Israël en 2025 contre 42% en 2022.

Chez les Républicains, ce déclin est perceptible, en particulier chez les jeunes électeurs, dont 57% ont une mauvaise opinion d’Israël aujourd’hui, contre 35% en 2022. Nombre de conservateurs, fidèles à Donald Trump, soutiennent la guerre en Iran tout en restant isolationnistes, y compris vis‐​à‐​vis d’Israël, ce qui pourrait avoir des conséquences si JD Vance venait demain à incarner un parti traversé par une certaine montée de l’antisémitisme parmi ses membres les plus jeunes.

La faible popularité d’Israël chez les Démocrates, en particulier parmi les jeunes (84% en ont une mauvaise opinion), est encore plus marquée. De nombreux exemples l’illustrent ces dernières semaines, comme les critiques virulentes contre l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee, un lobby pro‐​Israël) ou la décision d’Alexandria Ocasio‐​Cortez – qui incarne l’aile gauche du parti sans être antisioniste – de mettre fin à toute aide à Israël, y compris pour les armes défensives (revenant ainsi sur sa position précédente sur le sujet). Même des Démocrates historiquement pro‐​israéliens comme Gavin Newsom ou Rahm Emanuel ont durci le ton, alors qu’ils envisagent tous deux une candidature à l’élection présidentielle de 2028.

Les Démocrates sont d’autant plus enclins à durcir leur position à l’égard du gouvernement israélien que la majorité des Juifs américains les rejoignent sur cette question, ainsi que sur la guerre en Iran menée par Israël aux côtés des États‐Unis.

Une défiance croissante chez les Juifs américains envers la guerre

L’opposition à cette guerre existe aussi chez les Juifs américains. Deux sondages récents l’ont montré, à des niveaux proches de ceux observés dans la population américaine dans son ensemble, avec le même degré de polarisation. Ainsi, 80% des Juifs républicains soutiennent cette guerre mais 74% des Juifs démocrates s’y opposent.

Cette opposition à la guerre reflète l’affiliation idéologique des Juifs américains, largement démocrates. Elle s’explique aussi par leur défiance envers Nétanyahou, qui n’a cessé de les ostraciser, avec son alliance avec les Haredim, sa préférence envers les Chrétiens évangéliques, ses critiques contre Biden ou sa flagornerie envers Trump, qu’ils rejettent largement. L’Iran est un sujet d’ailleurs structurant pour les Juifs américains, qui n’ont pas oublié l’attitude de Nétanyahou en 2015, allant parler au Congrès dans le dos d’Obama pour y critiquer l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien de 2015. 

Leur défiance reflète enfin leur profond manque de confiance en Trump et en sa capacité à expliquer cette guerre. En ce sens, ils sont aussi le reflet fidèle de l’opinion américaine, et de la popularité de la thèse de l’influence israélienne pour expliquer cette guerre.

Israël rendu coupable de cette guerre ?

L’incompétence et l’impréparation de Trump, comme son incapacité à expliquer au peuple américain la logique de la guerre, ne peuvent que donner du crédit à la thèse que cette dernière aurait été souhaitée et pilotée par les Israéliens, dont la stratégie est claire.

L’impopularité de Nétanyahou aux États‐​Unis, son omniprésence dans le débat public, notamment sur le sujet iranien, expliquent également la relative crédibilité de cette thèse. La responsabilité est celle de Trump qui a décidé de démarrer cette guerre, mais le rôle d'Israël est réel – et d’ailleurs pas illégitime –, avec un Nétanyahou défendant les intérêts de son pays, comme le ferait n’importe quel dirigeant. À cet effet, Nétanyahou a choisi de tout miser sur les États‐​Unis, sans concertation avec les pays occidentaux, et en fait bien plus sur Trump que sur l’Amérique, qui demeure largement opposée à cette guerre. 

Si une part de complotisme existe bien dans la thèse de l’influence israélienne sur le déclenchement de la guerre, cette dernière est assez répandue aux États-Unis, et l’article fouillé et très bien sourcé du New York Times sur les coulisses du déclenchement de la guerre lui donne encore du crédit. Elle pourrait avoir des conséquences majeures sur le statut d’Israël aux États‐​Unis, alors que le pays y est déjà impopulaire, faisant (de manière très abusive) d’Israël le deus ex machina d’une intervention aux conséquences douloureuses pour les Américains, qui s’en souviendront quand la guerre sera finie.

En fait, la guerre avec l’Iran cristallise un schisme croissant entre le peuple américain, y compris sa communauté juive, et Israël. Cette guerre mal expliquée au peuple américain et menée par des leaders très impopulaires aux États‐​Unis est donc périlleuse pour l’alliance israélo‐américaine.

Une alliance USA-Israël fragilisée ?

Outre les conséquences sur l’antisémitisme, déjà évoquées dans ces colonnes, la question de la nature de l’alliance entre les États‐​Unis et Israël se posera avec acuité après cette guerre. Elle dépendra aussi des résultats des élections qui se dérouleront dans les deux pays. Une reconduction de la coalition actuelle en Israël conjuguée avec une victoire des Démocrates au Congrès, même limitée à la Chambre, pourrait conduire à un changement majeur dans le soutien financier à Israël, notamment sur le plan militaire. À cet égard, le vote, mercredi 15 avril, de 40 sénateurs démocrates (sur un total de 47), y compris des sénateurs centristes, pour un texte soumis par Bernie Sanders bloquant l’envoi d’armes à Israël est très significatif, et perçu comme un tremblement de terre sur l’évolution de la relation entre Israël et les États‐Unis.

Cette réévaluation des relations ne concernera pas que l’extrême gauche ou l’extrême droite. Avec une nouvelle génération américaine assez hostile à Israël, c’est la notion d’inconditionnalité du soutien américain qui sera sans doute mise sur la table, avec des évolutions non réductibles à l’antisionisme et même à l’antisémitisme.

Cette guerre pourrait aussi éloigner encore un peu plus les Juifs américains d’Israël, avec son gouvernement actuel qui leur est hostile ou perçu comme tel. Les résultats électoraux en Israël auront donc aussi des conséquences notables sur la relation entre Juifs américains et l’État d’Israël, et une réélection de Nétanyahou y porterait un coup sans doute fatal.

Les enjeux des élections en Israël dépassent donc les seuls sujets, cruciaux, de politique intérieure et de sécurité pour concerner les relations avec l’allié le plus puissant du pays et avec la diaspora la plus importante dans le monde.