
Mia, merci d’avoir été là rédactrice en chef invitée de notre édition spéciale bar mitsva de Tenoua. Grâce à nos discussions, on a pu demander à trois jeunes bat mitsvace qu’elles pensaient du port (ou pas) du tallit, on a pu interviewer Maria Gammeri, enseignante de Talmud-Tora à JEM. Tu as aussi écrit un article dans lequel tu délivres des conseils pour bien vivre sabar/bat mitsva. Bref, on a pu proposer une diversité de sujets. Comment as-tu vécu cette expérience ?
Si j’ai eu la possibilité d’aider des personnes qui préparent leur bar/bat mitsva, j’en suis très heureuse ! J’avais aussi envie de montrer que, même dans les communautés traditionalistes, les mentalités évoluent un peu sur le statut des femmes, sur la façon de faire sa bat mitsva.
Si l’on devait justement revenir sur ta bat mitsva au sein du mouvement libéral, que retiendrais-tu ?
Ma bat mitsva, je l’ai vécue comme une étape, un peu comme un examen, un passage. Depuis, il y a un avant et un après. J’ai l’impression d’avoir grandi, d’être plus mature. Parfois, face à des situations, je me dis qu’avant ma bat mitsva, je n’aurais pas réagi comme ça…
En préparant le commentaire de ma drasha, j’ai découvert une philosophie particulière, qui continue de m’inspirer. Je suis moins intimidée par les textes de la tradition, j’ai un plus d’expérience aussi.
Je suis aussi fière de la façon dont j’ai célébré ma bat mitsva, j’ai pu vivre ce moment comme ce que vivent les garçons, j’ai pu faire autant qu’eux, j’ai acquis les mêmes connaissances et j’ai lu dans la Torah ! J’ai des amies qui évoluent dans des communautés plus “tradi” qui me disent : “c’est fou ce que t’as fait !” Elles trouvent que c’est quelque chose de totalement bizarre, parce qu’elles n’ont pas l’habitude de voir ça, c’est quelque chose qui ne fait pas partie de leur culture et, en même temps, elles sont admiratives. Je suis fière d’avoir pu me distinguer parce que si j’avais été membre d’une communauté plus traditionaliste, je n’aurais même pas su que je pouvais le faire, je n’y aurais même pas pensé. Quand j’étais petite et que je voyais mes cousines faire leur bat mitsva, elles ne prononçaient pas une drasha, elles ne lisaient pas dans la Torah, je pensais donc que c’était la seule manière pour une fille de faire sa bat mitsva. Mais, dans ma communauté, j’ai toujours vu des femmes rabbins et, au Talmud‐Tora, j’ai compris que je pouvais faire autant que les bar mitsva.
J’espère que dans quelques années, les pratiques seront plus égalitaires entre les filles et les garçons, peu importent le mouvement et le niveau de pratique.
Ce qui est aussi intéressant, c’est que, même après ta bat mitsva, tu continues à aller au Talmud-Tora toutes les semaines. Pourquoi cela ?
J’aide mon enseignante, j’apprends les prières à des personnes de mon âge ou qui sont plus jeunes. Je me mets aussi à leur place, je me dis : si j’avais un prof, comment j’aimerais qu’il se comporte ? Je ne me prends pas pour une prof adulte, je suis une enfant qui est là pour leur transmettre quelque chose.
Si tu devais interviewer des bar et bat mitsva, quelle question pourrais-tu leur poser ?
Je demanderais comment il ou elle a vécu ce moment. Je pense qu’on a tous un ressenti différent sur la façon dont on vit le moment. J’ai des amis qui, depuis qu’ils ont fait leur bar/bat mitsva, se disent que c’est bon, c’est fini le Talmud‐Tora, c’est fini les devoirs, c’est fini les apprentissages. Alors que moi, j’ai envie de continuer, parce que ces révisions, ça m’a permis de grandir.
Si tu devais poursuivre ta mission de rédactrice en chef, quel sujet nous suggérerais-tu ?
Je pense que ce serait intéressant de savoir comment on célèbre sa bar/bat mitsva ailleurs dans le monde. Par exemple, aux États‐Unis, le mouvement libéral est largement majoritaire donc la bat mitsva que j’ai vécue, c’est presque la norme. Je voudrais savoir comment d’autres vivent ce moment, d’autres filles.
Propos recueillis par Léa Taieb





